Comment une discrète startup d’IA qui ambitionnait de révolutionner notre mémoire est-elle devenue une pièce maîtresse de la prochaine vague de technologie portable de Meta ? L’annonce surprise du rachat de Limitless – anciennement Rewind – par le géant des réseaux sociaux interroge sur la bataille féroce qui se joue autour des objets connectés dotés d’intelligence artificielle. Meta cherche-t-il à s’assurer une longueur d’avance dans la conquête du « wearable AI », tandis que les petits innovateurs jettent l’éponge ?
Limitless, entreprise fondée par Brett Bejcek et Dan Siroker – un vétéran d’Optimizely – s’était fait remarquer en misant sur l’enregistrement automatique des conversations, grâce à un pendentif intelligent vendu 99 dollars. Avec ce bijou qui s’accroche à la chemise ou se porte autour du cou, la promesse était forte : permettre à chacun de tout se rappeler, de façon sécurisée et accessible, au point de rendre la vie quotidienne plus fluide et connectée à la mémoire numérique. Mais la réalité du marché a-t-elle été plus rude que prévu ?
Les abonnés Limitless viennent d’être basculés gratuitement sur la formule la plus complète, avant que la société tire un trait sur ses activités hardware dans un an. Que cache un arrêt si soudain, alors que d’autres acteurs, comme Friend, peinent à convaincre avec des solutions similaires ? Est-ce la concurrence frontale avec des mastodontes tels qu’OpenAI et Meta qui condamne l’indépendance de ces petits pionniers de l’IA embarquée ?
Face à la montée en puissance des géants de la tech, l’innovation individuelle semble condamnée à n’être qu’une étape avant l’absorption.
Meta, pour sa part, reste avare de détails mais affiche clairement son intention : intégrer l’équipe Limitless au sein de sa division Reality Labs, là où naissent ses produits AR/AI comme les lunettes Ray-Ban Meta. Les dispositifs portables équipés d’IA sont-ils sur le point de passer d’un gadget confidentiel à une évolution inévitable de notre quotidien ? Et Limitless, après cinq ans d’existence jugée « folle » à ses débuts, sera-t-il le catalyseur de cette nouvelle ère, ou simplement la caution innovante d’un mastodonte qui absorbe tout sur son passage ?
Pour les clients, la désillusion est palpable : s’ils bénéficient d’un support pendant un an et peuvent récupérer ou effacer leurs données, le rêve individuel de contrôle total sur sa mémoire numérique est, pour l’instant, mis en suspens. Les investisseurs, qui avaient injecté plus de 33 millions de dollars dans l’aventure, peuvent-ils eux aussi espérer voir leur pari enfin rentable au sein de Meta, ou assisteront-ils à la dilution de leur vision originelle ?
Finalement, cette acquisition rapide démontre-t-elle que, dans la course à l’intelligence artificielle embarquée, la survie ne dépend plus du génie technique ou de la capacité à lever des fonds, mais bien de la rapidité à rallier un géant pour ne pas sombrer dans la marginalité ? Alors que Meta affiche son enthousiasme et que Limitless vante l’inéluctabilité de cette révolution, la question demeure : qui, demain, contrôlera nos souvenirs numériques et pour quelles ambitions réelles ?
Source : Techcrunch




