Les applications de partage de photos sont-elles en train de bouleverser nos habitudes numériques ? Alors qu’Instagram semble de plus en plus « trop parfait », de nouvelles applis promettent un retour à l’authenticité et à la spontanéité. Mais s’agit-il réellement d’un nouveau souffle pour la photo sociale, ou d’une simple mode passagère orchestrée par des entrepreneurs à la recherche du prochain carton ?
À l’origine de ce nouvel élan, on retrouve des initiatives comme Locket (partage sur l’écran d’accueil), Retro (journal photo collaboratif) ou encore Yope (groupes privés façon Instagram). Désormais, c’est un ancien poids lourd de la tech indienne, Mayank Bidawatka – qui a vu son projet Koo sombrer après des négociations de rachat avortées – qui lance à son tour PicSee. Une appli qui promet de détecter automatiquement les photos de vos amis dans votre galerie et de les partager, sans passer par WhatsApp, Instagram ou toute autre interface classique de messagerie. Cette promesse, est-ce une vraie révolution ou une nouvelle invasion de notre vie privée ?
PicSee se targue de régler un problème universel : tous ces clichés de vous qui dorment dans le téléphone de vos amis et que vous ne récupérez jamais, par oubli ou négligence. Grâce à la détection faciale, l’appli repère ces images et, si l’ami accepte une demande, partage automatiquement l’ensemble, y compris les nouveaux clichés ajoutés par la suite. Au bout de 24 heures, si vous n’avez pas pris la peine de trier, la photo part toute seule. Pratique ou flippant ? Qui aurait envie de voir circuler des photos oubliées sans contrôle total ?
La véritable révolution de PicSee sera-t-elle dans la maîtrise totale de nos images partagées, ou dans l’érosion progressive de notre sphère privée ?
Côté sécurité, PicSee multiplie les promesses : reconnaissance faciale effectuée directement sur l’appareil, connexion chiffrée lors des transferts, aucune photo stockée dans le cloud, filtre anti-NSFW, blocage des captures d’écran. Une protection assez béton, sur le papier. Mais, dans une ère où les failles et détournements abondent, peut-on vraiment croire au tout-local et au tout-sécurisé dès lors que l’application fait surtout reposer sa crédibilité sur une confiance mutuelle entre amis ?
Un autre point d’interrogation : la sélectivité du modèle. PicSee opte volontairement pour des échanges ultra-ciblés – réservés aux proches, à la famille, pas à l’intégralité de ses contacts. Ce positionnement ne risque-t-il pas de réduire fortement l’intérêt pour les utilisateurs, déjà bien installés sur WhatsApp, iMessage ou Snapchat pour partager leurs meilleurs clichés ? Pourquoi changer ses habitudes, si le réseau reste limité et que l’échange se fait en vase clos ?
Mais la plus grosse lacune du système pourrait se révéler dans la gestion des événements collectifs : PicSee peut détecter les visages, mais comment répondre à la traditionnelle demande de photos lors d’un mariage ou d’une soirée, quand tous les invités veulent récupérer leurs souvenirs ? L’entreprise promet de développer albums partagés, suppression des doublons et intégration avec Google Photos ou iCloud, mais la solution n’est pas encore là. L’innovation technique peut-elle réellement transformer les usages… ou se heurter à la réalité des attentes sociales ?
Côté financement, le projet attire déjà les investisseurs : 4 millions de dollars levés l’an dernier, avec des fonds tels que Blume Ventures, General Catalyst ou Athera Ventures. La promesse d’un nouvel empire de la photo sociale est-elle à portée de main, ou la confiance des investisseurs suffira-t-elle à faire sauter les verrous des habitudes bien ancrées ?
Au final, PicSee saura-t-il s’imposer comme le futur incontournable du partage de photos, ou restera-t-il l’une de ces nombreuses tentatives ayant peiné à changer les réflexes d’utilisateurs déjà lassés des nouveautés ? Où se situe la limite entre partage automatique et contrôle personnel de notre image numérique ?
Source : Techcrunch




