Que cherche vraiment OpenAI en donnant une dimension collective à ChatGPT ? Le jeudi dernier, la société à l’origine du célèbre chatbot a lancé, dans quelques régions triées sur le volet (Japon, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande et Taïwan), une fonctionnalité apparemment simple : les conversations de groupe. L’objectif affiché est de tester la façon dont les utilisateurs échangeront et collaboreront à plusieurs au sein de l’application. Mais derrière cette innovation, doit-on y voir l’avancée d’une stratégie plus large ?
Peut-on se satisfaire d’une explication officielle aussi lisse : explorer « l’expérience partagée » ? Disponible sur web et mobile, que l’on soit abonné gratuit, Plus ou Team, la fonctionnalité séduit par son accessibilité. Mais pourquoi OpenAI commence-t-il par un petit échantillon géographique alors que ses concurrents cherchent à s’imposer globalement ? S’agit-il de prudence, d’expérimentation ou d’un plan de conquête plus subtil ?
En s’appuyant sur une vague de rumeurs — et une fuite ayant laissé entendre qu’un système de messagerie directe était en test — OpenAI semble vouloir rassurer : tout est sous contrôle, chaque utilisateur reste libre. Les discussions privées et la « mémoire » de ChatGPT resteraient strictement confidentielles, tandis que les groupes, accessibles uniquement sur invitation, garantiraient même des contrôles renforcés pour les mineurs. Mais comment ces mesures seront-elles réellement mises en œuvre ? L’entreprise sera-t-elle aussi transparente sur l’utilisation, la conservation, voire la monétisation des données de groupe ?
ChatGPT évolue-t-il d’un simple assistant vers une plateforme sociale complète sous nos yeux ?
La prise en main, en tout cas, se veut intuitive : une icône « personnes » pour créer ou rejoindre un groupe, un fonctionnement par liens d’invitation et des groupes allant jusqu’à vingt membres. Fait marquant, à chaque ajout l’historique de la discussion d’origine reste intacte : une précaution technique ou un garde-fou supplémentaire ? Par ailleurs, l’aspect social n’est pas oublié : émojis, profils personnalisables, et la possibilité pour ChatGPT — version 5.1 — d’intervenir sur demande, de générer images et réponses, de reconnaître quand il faut se taire… Fait-on face à une machine plus « humaine » dans ses interactions ?
Ce nouveau cap n’est-il que le prolongement naturel des ambitions d’OpenAI ? Rappelons que la startup a récemment lancé Sora 2, sa propre appli de médias sociaux façon TikTok : vidéos générées par l’IA, recommandations personnalisées, contrôle parental avancé, messageries privées… Une mutation qui fait écho aux bouleversements de la Silicon Valley : l’IA générative cherche-t-elle maintenant à s’insérer au cœur de nos interactions numériques ?
Pour l’heure, la version « groupes » de ChatGPT n’est qu’à l’état de pilote — l’avenir dira comment elle s’ancrera dans notre quotidien. Quelles seront les prochaines étapes ? OpenAI se limite-t-il à une simple expérimentation, ou prépare-t-il l’essor d’une nouvelle plateforme sociale propulsée par l’intelligence artificielle pure ?
Reste enfin une question centrale : sommes-nous prêts, en tant qu’utilisateurs, à intégrer l’intelligence artificielle de ChatGPT au sein de nos échanges collectifs, et surtout à lui faire confiance dans notre sphère sociale numérique ?
Source : Techcrunch



