L’Inde, eldorado numérique à la croisée des chemins, attirerait-elle Google pour ses subtiles fragrances de libertés économiques ou est-ce l’odeur irrésistible des masses de données qui fait voyager les dollars jusque sur les rives d’Andhra Pradesh ? Tandis que la Silicon Valley noue des partenariats locaux à coups de milliards d’investissements, Luma et son Ray3 Modify enchantent le secteur audiovisuel en prétendant préserver la « sincérité » du jeu d’acteur tout en le transformant à volonté. Ici, la souveraineté numérique semble n’être qu’un concept chancelant, condamnée à s’effacer devant la réalité brute des infrastructures, qu’elles soient câblées au fond de l’océan ou infusées à la sauce IA dans les studios de cinéma virtuels.
À y regarder de plus près, Google ne fait qu’étendre la logique qui anime les start-ups du machine-mathics : la multiplication des hubs IA (celui de Visakhapatnam comme ceux soldats du cloud) sert à la fois la centralisation des savoirs, le contrôle du marché externe et la capture de valeurs produites localement. Comme les démonstrations mathématiques automatisées qui surgissent sous les assauts de ChatGPT, ces infrastructures assoient une autorité à la fois invisible et omniprésente. Tandis que les chercheurs s’émerveillent devant la productivité des IA sur les conjectures d’Erdős, les studios lorgnent la promesse d’une créativité sans limites mais, à bien y penser, le modèle est le même : pourquoi laisser la spontanéité humaine subsister dans l’incertitude, alors que l’automate peut balayer toute ambiguïté ?
Mais cette ruée vers la perfection algorithmique n’est pas sans paradoxes. Car pendant que Google investit pour tisser sa toile indienne et que Luma reçoit les largesses des pétro-capitaux pour convertir l’émotion humaine en polygones contrôlés, la question du travail se fait explosive. N’est-ce pas la même IA, chérie ici pour ses prouesses créatives ou arithmétiques, qui dévore là-bas les professions humaines sans s’excuser ? Le spectre du remplacement massif, annoncé pour 2026, agite la Silicon Valley comme le sous-continent indien : IA miracle ou malédiction, géant du software ou startup à 900 millions, tous convergent vers la même promesse ambiguë.
La technologie avance masquée : derrière chaque « hub » ou « machine » prometteuse, se joue le destin simultané de la souveraineté et de l’employabilité humaines.
In fine, l’intelligence artificielle n’écrit plus seulement nos lignes de script ou nos preuves mathématiques : elle redessine le théâtre même des possibles, imposant de nouveaux réseaux de dépendances aussi subtils qu’inextricables. Si Ray3 Modify charme par son « respect » des expressions, il n’en reste pas moins l’ultime cheval de Troie d’une automatisation galopante. Et la grande partie de Go que livre Google en Inde va bien au-delà d’un simple coup de bluff commercial : elle pose la question du sens même de la souveraineté, quand celle-ci se révèle soluble dans les serveurs, les mathématiques… et le marché du travail.
Se pourrait-il qu’au bout de ce mirage technologique, là où l’IA habille nos images, résout nos problèmes et optimise nos effectifs, nous ne trouvions que notre propre reflet ? Un reflet pixelisé sans aspérités, dont l’authenticité ne sera qu’une case à cocher dans les paramètres avancés de la prochaine startup milliardaire.




