Peut-on vraiment encore se fier à l’étiquette « cachemire » lorsque les pulls affichent des prix défiant toute concurrence ? Cette explosion de vêtements soi-disant luxueux, vendus à 50 euros pièce, cache-t-elle une réalité beaucoup moins reluisante pour la filière textile et l’environnement ?
Pour comprendre les conséquences de cette démocratisation du cachemire, il faut remonter à la source : seuls quelques races de chèvres produisent le fameux duvet, et chaque animal n’en fournit que 113 à 170 grammes par an. Peut-on répondre durablement à la demande mondiale croissante avec si peu de matière première ? L’incitation économique pousse-t-elle les éleveurs vers des pratiques de plus en plus intenables ?
D’après Sim Gulati, cofondateur d’Everbloom, la pression s’accentue dangereusement sur les producteurs : pour satisfaire les marques qui inondent le marché de pulls à bas prix, les chèvres seraient tondues beaucoup trop souvent, au détriment de la qualité des fibres récoltées et d’un équilibre écologique déjà fragile. Face à ce constat, va-t-on un jour pouvoir offrir du cachemire abordable sans détruire la filière et les pâturages asiatiques ?
Un nouveau modèle, mêlant intelligence artificielle et utilisation des déchets, pourrait-il changer la donne sans que le consommateur ne voie la différence ?
Plutôt que de rêver une réforme globale du pastoralisme, Everbloom a opté pour une rupture technologique : pourquoi ne pas créer un cachemire alternatif en recyclant des déchets de laine, de plumes et d’autres résidus riches en kératine ? Épaulée par huit millions de dollars d’investissements, la jeune pousse américaine s’appuie sur une intelligence artificielle, Braid.AI, capable de modeler la composition et les propriétés des fibres pour imiter à l’identique la douceur ou la chaleur du cachemire. Mais cette révolution de laboratoire suffira-t-elle à convaincre les acteurs traditionnels du secteur ?
La procédure est ingénieuse : les déchets issus des filières lainières et avicoles sont broyés puis mélangés à des composés exclusifs, avant d’être extrudés et filés avec des machines d’ordinaire réservées au polyester. Objectif affiché : garantir la compatibilité complète avec la chaîne de production textile existante — un critère-clef pour une adoption rapide. Mais cette promesse d’intégration « plug and play » tient-elle vraiment ses promesses à grande échelle ?
Everbloom revendique une liste d’avantages difficile à ignorer : ses fibres, ajustables à volonté, seraient toutes biodégradables, offrant une alternative écologique à des textiles aujourd’hui très polluants. L’entreprise teste actuellement la compostabilité réelle de ses inventions, tout en misant sur l’argument économique : si le cachemire recyclé coûte moins cher à fabriquer, l’alternative textile pourrait séduire aussi bien les marques soucieuses de leur image que les consommateurs vigilants sur leur budget. Est-ce le chaînon manquant entre praticité industrielle et conscience environnementale ?
À l’heure où la fast fashion bat son plein et où le greenwashing n’a jamais été aussi facile, la question se pose : le futur du cachemire passe-t-il par les biotechnologies et l’intelligence artificielle, ou risque-t-on d’y perdre jusqu’à la définition même du luxe et de l’authenticité ?
Source : Techcrunch




