Un samedi matin, Gmail décide de devenir votre meilleur ami… ou votre pire ennemi, vous noyant dans un bain de spams tandis que de l’autre côté de l’Atlantique, les infrastructures énergétiques européennes flirtent avec l’obscurité, câlinées par des cybertirs russes. Fascinante époque où notre confiance—ou devrais-je dire, notre candide dépendance—envers des clouds monolithiques ne s’exerce que par la délégation aveugle de nos vies numériques (le bug de Gmail), tout en se cramponnant à la promesse, toujours virtuelle, d’assistants IA omniprésents censés pallier les lacunes d’un monde devenu digitalisé jusqu’à la moelle (Zoom et l’IA).
Il faut reconnaître que l’illusion du contrôle est devenue le principal produit du XXIe siècle. Les entreprises promettent la sécurité (énergétique, informationnelle, productive), mais leurs infrastructures tiennent sur des algorithmes capricieux ou des serveurs empilés dans les banlieues industrielles. La centralisation—qu’elle soit géographique (Gmail, Google Drive), sectorielle (OpenAI qui veut transformer chaque serveur cloud en coffre-fort IA) ou même réglementaire (le doux fantasme de l’Union européenne d’un cyberbouclier)—ne fait qu’agrandir la cible de ceux qui cherchent la faille (cyberattaques sur l’énergie).
Et quels choix font nos nouvelles élites technologiques? Soit elles font allégeance à la bulle frénétique de l’IA et de sa capitalisation boursière démente (OpenAI lève des milliards), soit elles jouent la carte du double jeu, investissant simultanément dans l’IA mondiale et les marchés émergents dans l’espoir de ne pas tout miser sur le même cheval détraqué (Nexus Venture Partners). Dans cette oligarchie du code, l’utilisateur lambda n’a d’autre alternative que de se soumettre à des politiques d’authentification toujours plus intrusives — regardez Reddit, qui conteste farouchement son statut de « réseau social » pour continuer à jouer l’équilibriste entre anonymat, liberté d’expression et conformité réglementaire (Reddit et la justice australienne).
Entre bugs, IA et cyberguerre, la frontière entre progrès et fiction noire s’estompe, tandis que notre foi dans la technologie se fissure au rythme des incidents.
Ironie post-moderne : à mesure que la technologie promet de combler chaque faille de productivité ou d’information, elle génère ses propres faiblesses, ses propres surcharges dont elle seule détient la recette du remède (et le tarif mensuel). La question de la confiance—individuelle, collective, institutionnelle—ne se mesure plus à la fiabilité du service mais à la volatilité de sa prochaine panne ou à la probabilité de son effondrement géopolitique. Déléguer nos données, notre énergie, notre communication à une poignée de corporations technocentrées, c’est marcher sur une corde raide au-dessus du vide tout en rêvant de télétravail et d’IPO stratosphérique.
Tout est là : à mesure que nos infrastructures numériques deviennent le cœur battant de nos sociétés, ce sont les bugs, les bots, la guerre de l’information, et les acrobaties juridiques qui en deviennent les véritables architectes. Demain, qui tiendra vraiment la torche ? Techno-fétichistes, hackers étatiques, GAFAM affolés par les milliards de l’IA, ou bien une génération de régulateurs à bout de souffle, incapables de définir ce qui est social, utile… ou simplement humain ?




