Est-ce que le Kindle Scribe Colorsoft d’Amazon révolutionne vraiment la manière dont nous lisons, annotons et interagissons avec nos livres numériques, ou s’adresse-t-il seulement à une niche, prête à dépenser sans compter ? Voilà la question que tout amateur de liseuses ou d’outils de productivité doit se poser face à ce nouvel appareil vendu bien au-delà de 600 euros.
Pourquoi Amazon a-t-il décidé de sortir un e-ink de 11 pouces, à écran couleur et stylet inclus, alors que la concurrence – reMarkable, iPad et autres – propose déjà des alternatives très variées ? Et surtout, cette proposition justifie-t-elle réellement un tel investissement, alors que le Kindle classique – ou même le Paperwhite – fait le job pour une fraction du prix ? Est-on en train d’entrer dans l’ère des liseuses de luxe, ou s’agit-il simplement d’un nouveau gadget réservé à quelques privilégiés professionnels ou étudiants très organisés ?
La Colorsoft, avec son design fin (5,4 mm d’épaisseur, 400 g) et sa promesse de nombreuses semaines d’autonomie, vise clairement un segment différent. Mais le grand public est-il prêt à avoir un appareil dédié à la prise de notes, à l’annotation ou à la colorisation de documents, alors que l’iPad, lui, fait tout cela – et bien plus – pour un tarif équivalent voire inférieur grâce à ses multiples applications ? Face à l’offre pléthorique de tablettes Android, iPad ou même de Chromebooks convertibles, ce Kindle Scribe haut de gamme possède-t-il des arguments suffisamment convaincants ?
L’investissement dans un Kindle Scribe Colorsoft n’a de sens que pour ceux qui font du surlignage et de la prise de notes une priorité quotidienne.
En poussant l’enquête, on découvre néanmoins quelques points marquants. L’expérience d’écriture, grâce à l’écran mat texturé et au stylet non rechargeable, rappelle l’écriture sur papier, et la palette de couleurs permet de personnaliser davantage ses annotations. Les amateurs de planification apprécieront les multiples modèles de carnets, tandis que chercheurs, étudiants et professionnels trouveront des outils avancés pour exporter leurs notes, les rechercher via IA, ou organiser leurs recherches. Mais la latence tactile et la limitation des couleurs dues à l’e-ink – par opposition à un vrai écran LCD/OLED – ne risquent-elles pas d’agacer les utilisateurs exigeants ou friands d’interactivité ?
L’intelligence artificielle intégrée marque-t-elle une réelle évolution ? Certains aimeront voir leurs pattes de mouche traduites en polices manuscrites élégantes, ou que leurs surlignages soient « nettoyés » par la machine. Mais que penser des quelques bugs et limitations décelés lors des tests ? Et que vaut vraiment, à l’usage, la promesse de retrouver instantanément une note ou une idée disséminée dans des centaines de pages, grâce à une IA intrusivement présente ?
Autre bémol, les coûts sont loin de s’arrêter à l’achat initial : le remplacement régulier des pointes du stylet, les accessoires coûteux comme les housses, et l’obsolescence potentielle due à des mises à jour logicielles rapides posent la question de la pérennité de cet investissement. Qui sera vraiment prêt à dépenser près de 800 euros, accessoires compris, pour une fonction somme toute “augmentée”, mais très ciblée ?
En fin de compte, est-ce que ce Kindle Scribe Colorsoft façonne un nouveau genre d’outil numérique – ni tablette, ni liseuse classique – ou bien crée-t-il tout simplement une bulle tech pour happy few en quête de nouveautés high-end ? Si le marché prend, Amazon aura-t-il réussi à redéfinir ce que doit être un appareil de prise de notes et d’annotation en 2026… ou s’agira-t-il d’un échec cousu d’avance ?
Face à la prolifération de solutions de lecture et de productivité, et à l’appétit croissant pour l’intelligence artificielle dans nos objets quotidiens, la vraie question demeure : de la Colorsoft ou d’une tablette généraliste, laquelle saura vraiment s’imposer auprès des utilisateurs exigeants ?
Source : Techcrunch




