Peut-on encore vraiment parler d’égalité entre géants de la tech et institutions européennes, ou assistons-nous à une escalade de représailles et d’accusations mutuelles ?
La récente amende de 120 millions d’euros infligée par la Commission européenne à X (anciennement Twitter) pour son système de certification payant « blue check » remet sur le devant de la scène une question centrale : les plateformes sociales sont-elles prêtes à jouer selon les nouvelles règles du Digital Services Act (DSA) ? Pourquoi l’UE a-t-elle estimé que ce système était « trompeur » au point de pénaliser lourdement le réseau social d’Elon Musk ? Et que se cache-t-il réellement derrière la réponse musclée des dirigeants de X, qui accuse à leur tour la Commission d’avoir exploité une faille de leur propre outil publicitaire ?
La boucle des tensions ne fait que se resserrer. Si l’UE reproche à X un manque de transparence sur les pubs et une certification propice à l’usurpation d’identité, la riposte du camp Musk a été cinglante : non seulement Elon Musk a publiquement qualifié la décision de « bullshit », allant jusqu’à remettre en cause l’existence de l’UE elle-même, mais Nikita Bier, le Head of Product de X, a suspendu le compte publicitaire de la Commission européenne en l’accusant d’avoir abusé d’une faille tout juste découverte dans leur Ad Composer. Bier affirme que la Commission aurait publié un lien déguisé en vidéo pour tromper les utilisateurs et maximiser la portée de sa communication.
La lutte entre les géants de la tech et les régulateurs européens prend un tour de plus en plus agressif, où chaque incident devient un champ de bataille.
Mais la Commission s’en défend : selon un porte-parole, elle n’a fait qu’utiliser de bonne foi les outils mis à disposition par X, respectant à la fois les conditions d’utilisation du service et la législation européenne. De plus, elle souligne avoir interrompu toute publicité payante sur la plateforme depuis octobre 2023. S’agit-il d’un malentendu, d’un prétexte de X pour masquer ses propres défaillances, ou bien sommes-nous témoins d’un bras de fer quasi-politique où chacun tente de discréditer l’autre ?
La situation est d’autant plus tendue que la Commission européenne n’exclut pas d’alourdir les sanctions si X ne propose pas rapidement des garanties et des solutions sur les questions soulevées (certification, publicité, transparence). Quel message la tech veut-elle vraiment adresser aux institutions publiques ? X se pose-t-il en justicier victime d’un appareil bureaucratique, ou joue-t-il un jeu dangereux en défiant frontalement la régulation européenne ?
L’enjeu dépasse largement cette querelle : c’est toute la régulation du numérique en Europe qui est testée. Si les amendes et sanctions n’ont pour effet que de déclencher des réactions en chaîne d’exclusion ou de blocage, comment envisager un dialogue franc et constructif pour protéger les utilisateurs tout en respectant la liberté d’expression et d’innovation ?
Dans ce climat de défiance, la question demeure : à quel point la confrontation entre plateformes technologiques et régulateurs européens risque-t-elle de se transformer en une véritable guerre de tranchées, au détriment de la confiance du public ?
Source : Techcrunch




