Meta tente-t-elle de préserver sa position dominante face à la montée fulgurante des chatbots IA concurrents sur WhatsApp en Europe ? Alors que la Commission européenne menaçait d’imposer des mesures d’urgence, le géant américain a décidé de reculer, temporairement, en ouvrant son API Business aux fournisseurs d’IA extérieurs. Un geste sincère ou une stratégie pour gagner du temps ?
Début janvier, la Commission européenne informait Meta de son intention d’intervenir pour empêcher la société d’appliquer sa politique restrictives vis-à-vis des chatbots concurrents sur WhatsApp. Jusque-là, Meta interdisait, via son API Business de WhatsApp, à d’autres fournisseurs d’intelligence artificielle de proposer leurs assistants virtuels sur la plateforme. Ce verrouillage suscitait de vives préoccupations : s’agissait-il d’un abus de position, alors que Meta déployait son propre assistant sur le même terrain ?
Dans un communiqué adressé aux médias, Meta déclare : « Pendant les douze prochains mois, nous allons soutenir les chatbots IA généralistes utilisant l’API Business WhatsApp en Europe, en réponse au processus réglementaire de la Commission européenne. » La société affirme ainsi écarter, du moins temporairement, la nécessité d’une intervention immédiate de Bruxelles. Cette ouverture n’est cependant pas exempte de conditions : le service sera facturé aux AI providers, chaque message « non modèle » allant de 0,049€ à 0,1323€, selon le pays. Une addition qui risque de devenir salée pour les services tiers… La puissance publique va-t-elle juger cette mesure suffisante ?
Meta lâche du lest, mais garde le contrôle financier sur l’accès à son écosystème IA.
A-t-on vraiment affaire à une avancée pour la concurrence, ou simplement à un tactique de temporisation ? Officiellement, cette mesure ne vise pas les entreprises exploitant des bots orientés service client, mais cible spécifiquement les assistants généralistes du type ChatGPT, Claude ou Poke. Le changement de politique de Meta, effectif depuis le 15 janvier, a d’ailleurs suscité une vague de protestations de la part d’acteurs IA qui s’estimaient brutalement exclus du marché européen.
La manœuvre de Meta rappelle celle déjà opérée début janvier en Italie, où l’accès à l’API avait été accordé temporairement à certains développeurs. Si Bruxelles, mais aussi l’Italie et le Brésil, ont ouvert des enquêtes antitrust sur la question, c’est bien parce que l’omniprésence de WhatsApp et le déploiement d’un chatbot maison par Meta interrogent sur l’équité du jeu concurrentiel. Est-il normal qu’un acteur en position dominante puisse fermer — puis rouvrir à son gré — les portes de son écosystème à des rivaux directs ?
Face aux enquêteurs européens, Meta avance que ses systèmes ne sont pas conçus pour supporter la « pression » des chatbots IA tiers, tout en rappelant qu’une multitude de services similaires restent accessibles par d’autres biais (app stores, intégrations, moteurs de recherche). Un argument technique ou un vernis pour justifier un verrouillage commercial ?
Cette ouverture de l’API pendant un an suffira-t-elle à apaiser les autorités et garantir un environnement concurrentiel sain ? Ou n’est-ce qu’un sursis pour Meta, qui pourrait décider de resserrer l’étau une fois la pression réglementaire retombée ? L’avenir des assistants IA dans l’écosystème WhatsApp dépendra-t-il uniquement de la volonté d’un géant du web ou la régulation européenne saura-t-elle imposer un cadre pérenne ?
Source : Techcrunch




