Entre lutte de pouvoir à Hollywood, batailles financières dans la legaltech, rêves industriels d’IA, illusions de cybersécurité et intrusion des machines jusque dans nos foyers, la tech de 2026 ressemble moins à un progrès linéaire qu’à un champ de mines où règne le syndrome de la démesure. À l’image d’Ellison qui sort son chéquier comme on dégaine une carte Pokémon rare pour s’offrir un studio de cinéma, l’industrie nous prouve chaque jour qu’au royaume des licornes, le cash reste la baguette magique universelle — quitte à bousculer la frontière ténue entre innovation et illusion.
Car qu’il s’agisse de Harvey qui annonce révolutionner le droit à grands renforts de LLM — surfant sur une valorisation délirante — ou de Anduril qui rêve de redéfinir la tech militaire avec le même appétit de fonds, c’est la même partition qui se joue en sourdine : celle d’une société où la promesse se monnaye. On investit moins sur la réalité technologique que sur la force de la vision, parfois jusqu’à l’absurde, au nom de la croissance ou de la souveraineté. Même chose chez Ford et Target : l’IA y devient un mantra universel, qui doit transformer tantôt l’automobile, tantôt le shopping — mais surtout le bilan comptable. Que ce soit la voiture autonome ou la liste de courses automatisée, la finalité a parfois l’élégance discrète d’un tableur Excel.
Mais derrière le feu d’artifice médiatique, la fragilité n’est jamais loin. La confiance numérique s’effrite dès qu’on y pose la main : des apps de messagerie soi-disant ultra-sécurisées trahissent en un bug la foi de l’utilisateur, à peine mieux défendu que son iPhone des années 2010 contre une armée d’exploiters d’exploits interchangeables. Même Ring, au nom de la sécurité domestique, s’invite dans nos habitudes privées, avec une IA qui floute de moins en moins la frontière entre assistant vigilant et œil de Big Brother. Cette illusion de contrôle ne fait que masquer le sentiment diffus que nos choix nous échappent, algorithmisés, surveillés… et bientôt monétisés.
Dans la farandole technologique actuelle, la question n’est plus de savoir qui dirige le bal, mais à quel moment le bal masqué vire à la tragi-comédie.
Car si les dirigeants de la tech, à l’instar d’Altman d’OpenAI, tentent de nous rassurer sur l’écologie en usant de comparaisons douteuses entre batteries et steak-charal anthropologique, ou si les marchés publics se font encore désirer par des licornes telles que Netskope, c’est bien parce que la déconnexion est réelle entre le storytelling et l’impact concret sur la société. Il n’est donc pas étonnant que l’on finisse par douter de la finalité même de ces outils : qui en tire profit, qui en paie le prix, et qui contrôle vraiment le récit ?
Nous sommes donc à l’ère de la technologie fétiche, où l’IA est invoquée à toutes les sauces pour masquer malaises économiques, peurs géopolitiques et désillusions sociétales. L’histoire veut qu’une bulle technologique éclate toujours quand elle s’imagine plus solide que l’humain qui lui donne vie. Reste à savoir si le présent de la tech est un mirage, une transition… ou la première ébauche d’une nouvelle mythologie où chacun joue — parfois malgré lui — le rôle du héros, de la victime, ou du complice.




