Le nouveau pari de Mark Zuckerberg dans l’intelligence artificielle soulève-t-il plus de questions qu’il n’apporte de réponses ? L’annonce fracassante du rachat de Manus, une start-up singapourienne d’IA, par Meta bouleverse la Silicon Valley et ne passe pas inaperçue aux yeux des investisseurs, des politiques comme des utilisateurs. Mais que sait-on vraiment de Manus, de ses performances, et surtout, des enjeux géopolitiques de cette acquisition ?
Manus, catapultée sur le devant de la scène grâce à une vidéo virale au printemps dernier, prétend avoir surpassé Deep Research d’OpenAI. Est-ce là un véritable exploit technologique ou une promesse marketing gonflée ? L’entreprise a rapidement séduit des fonds d’investissements majeurs, tels que Tencent ou encore Benchmark, et imposé une valorisation de 500 millions de dollars peu après son lancement. Comment une société aussi jeune a-t-elle pu générer plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel récurrent en si peu de temps ? Et surtout, que compte faire Meta avec cet or numérique ?
Le montant de la transaction, 2 milliards de dollars selon le Wall Street Journal, place Manus dans le cercle très fermé des jeunes pousses qui génèrent des profits impressionnants sans même atteindre la majorité. Mark Zuckerberg, pressurisé par la grogne des investisseurs face à sa frénésie d’investissements dans les infrastructures d’IA, miserait-il sur Manus pour prouver que l’IA peut aussi être rentable aujourd’hui ? Comment ce choix stratégique s’intègre-t-il aux chatbots déjà déployés sur Facebook, Instagram et WhatsApp ?
L’acquisition de Manus par Meta cristallise autant d’espoirs économiques que de suspicions politiques.
Bien que Meta promette de laisser opérer la start-up indépendamment, l’intégration des agents Manus à l’écosystème Meta semble inévitable. Mais un détail sème la discorde dans les couloirs du pouvoir à Washington : l’ancrage chinois de Manus, née sous la coupole de Butterfly Effect à Pékin avant son exil à Singapour. S’agit-il d’un simple déménagement stratégique, ou bien y a-t-il matière à s’inquiéter d’une influence chinoise via la tech américaine ?
Déjà, des voix politiques s’élèvent, à commencer par le sénateur républicain John Cornyn, qui critique ouvertement les investissements américains dans cette aventure à l’ADN chinois suspecté. Si la Chine et la technologie forment un couple qui obsède le Congrès, la transaction de Meta et Manus pourrait-elle jeter de l’huile sur le feu déjà brûlant des tensions sino-américaines ?
Meta, conscient des enjeux, s’est empressé de rassurer les médias asiatiques : Manus couperait tous les ponts avec la Chine et ses investisseurs après l’acquisition, comme l’a assuré un porte-parole à Nikkei Asia. Cette déclaration suffira-t-elle à apaiser la méfiance qui gronde du côté de Washington et parmi les utilisateurs ?
Au fond, cette opération incarne le visage ambigu de l’innovation technologique aujourd’hui : où commence la quête du progrès, où finit le jeu d’influence politique ? Comment Meta pourra-t-il prouver que Manus n’est ni un produit d’ingérence, ni un simple effet d’annonce pour rassurer les marchés ?
Source : Techcrunch




