Offrir une carte-cadeau TikTok Shop à son meilleur ami ou recharger la batterie — à moitié — de sa voiture électrique en Europe : le nouveau chic est-il de vivre l’expérience de l’instantané, du partiel, du « juste assez » ? Entre la digitalisation à outrance du lien social et la promesse d’une mobilité propre qui rame à trouver la bonne prise, la technologie actuelle affiche sans vergogne la tension entre le fantasme de la fluidité et le retour brutal de la contrainte. Le slogan « offrez-vous le monde en un clic », c’est bien, tant qu’il reste de la 4G (ou des bornes), n’est-ce pas ?
On pourrait presque croire à une convergence ironique entre la carte-cadeau TikTok et la demi-batterie des voitures européennes : dans nos sociétés obsédées par la satisfaction immédiate, avons-nous réduit l’ambition à des crédits prépayés ou à des kilomètres sous surveillance ? Les apps sociales veulent infiltrer l’intimité de nos échanges jusqu’au moment du « déballe ton code crypto en live », tandis que Bruxelles hésite entre frein à main et sur-mesure dans la course à l’électrique. L’un cherche à rendre chaque transaction émotionnelle, l’autre préfère la flexibilité — si ce n’est à l’excès, du moins à l’aveugle.
Et derrière ce grand élan de « personal branding » numérique, la réalité, elle, se révèle bien moins sexy : le Battery Booster européen rappelle qu’en matière technologique, le stockage — qu’il soit monétaire ou énergétique — reste la clé de voûte du pouvoir. Tant que l’Europe injecte des milliards en espérant rattraper la Chine, et que TikTok injecte des notifications pour occuper nos cœurs (et nos portefeuilles), le vrai enjeu n’est ni la carte-cadeau tendance ni la voiture sans CO2 : c’est qui, demain, contrôlera l’infrastructure du geste, du don, du déplacement.
Derrière chaque innovation “user-friendly”, une dépendance technologique plus profonde s’installe, filant entre les mains des consommateurs sous prétexte de confort et de connectivité.
L’assouplissement européen face au dogme du tout-électrique ressemble furieusement à la promesse molle de la carte-cadeau TikTok : un cadeau-surprise, mais pas trop, et surtout livré par une plateforme qui n’est sûre de rien quant à son avenir. Entre pression sociétale et retour du politique, l’utilisateur-joueur-consommateur se retrouve happé dans une partie où le score se compte moins en likes ou en kilomètres nets qu’en dépendance à des réseaux (sociaux ou électriques) dont il ne conçoit plus vraiment la complexité. Dans ce monde où tout doit être « facile à offrir », n’aurait-on pas sous-estimé la facture mentale et énergétique ?
Peut-être sommes-nous entrés dans une ère où l’audace se mesure à la capacité de jongler entre bonus digitaux et volts résiduels. Il n’est plus question de progrès tel qu’on nous l’a vendu au XXe siècle, mais bien de naviguer — sans trop y croire — entre innovations gadgets et transitions au rabais. Reste à savoir si, collectivement, nous voulons simplement collectionner des cartes-cadeaux ou reprendre le volant du futur, au risque de sortir un peu de la zone Wi-Fi.




