Comment Spotify parvient-il à donner à chacun le sentiment d’être un DJ, même sans aucune expertise musicale? La plateforme suédoise semble vouloir franchir une nouvelle étape avec le lancement de “Prompted Playlists” pour ses abonnés Premium aux États-Unis et au Canada. Mais cette innovation cache-t-elle seulement un nouveau gadget ou s’agit-il d’une révolution discrète de notre rapport à la musique?
Petit flashback: en 2024, Spotify testait déjà des playlists créées grâce à l’IA sur la base de commandes plutôt basiques, du style “mets-moi dans l’ambiance avec de l’electronica instrumentale” ou “booste-moi l’énergie avec des morceaux joyeux.” Cette nouvelle mouture pousse l’expérience bien plus loin. Le principe? Les utilisateurs peuvent désormais formuler des demandes ultra-personnalisées et conversationnelles pour générer leurs propres playlists. Qui n’a jamais rêvé de demander à une appli : « Fais-moi découvrir un artiste inconnu que tu es sûr que j’adorerai, et présente-moi son univers »?
Que se passe-t-il derrière l’écran? L’algorithme ne se contente pas de mettre bout à bout quelques morceaux populaires : il passe au crible l’historique d’écoute de chaque utilisateur, analyse les tendances culturelles, les classements, mais aussi des critères plus abstraits comme l’ambiance ou la météo du jour. Sommes-nous à la veille de playlists plus authentiquement “nous”, ou bien risquons-nous de voir disparaître le frisson de la découverte musicale ?
Spotify parie sur l’IA pour démocratiser la création musicale, mais saura-t-elle vraiment capter l’étendue de notre créativité ?
Pour J.J. Italiano, responsable de la curation musicale mondiale chez Spotify, l’enjeu est clair : mettre la création de playlists entre les mains du plus grand nombre. “Il suffit de décrire une sensation pour obtenir une playlist”, affirme-t-il. Mais cette simplicité apparente ne pose-t-elle pas de nouvelles questions ? Que devient la curation musicale traditionnelle, le savoir-faire de sélectionner les bons titres, de sentir la montée en puissance d’une soirée à travers la playlist ?
Étrangement, la fonctionnalité permet aussi aux abonnés de s’aventurer en terrain inconnu : il est possible de demander à l’IA d’ignorer totalement notre historique, pour explorer de nouveaux univers. Mais alors, l’utilisateur reste-t-il le seul architecte de ses envies musicales ou devient-il dépendant d’une intelligence artificielle à l’écoute de ses humeurs ?
Quels nouveaux usages pourraient émerger ? Les prompts seront partageables, permettant à une nouvelle génération de créateurs de proposer des idées de playlists à la communauté… même si chaque résultat restera unique, collé aux goûts de chacun. Fascinant : la playlist personnalisée appartient désormais à chacun, tout en s’inscrivant dans une tendance collective. Mais la multiplication des outils IA, avec l’ancienne fonctionnalité maintenue à côté de la nouvelle, ne risque-t-elle pas de troubler les utilisateurs ?
Restent deux limites : Prompted Playlists n’est accessible qu’en anglais – pour l’instant – et avec un nombre de créations limité, l’outil étant encore en phase de test. Pour une expansion mondiale, Spotify veut d’abord tirer les leçons de ce lancement nord-américain. La plateforme saura-t-elle, demain, fédérer ou diviser sa vaste communauté autour de ces outils hyper-individualisés ?
À l’heure où la playlist s’invente en temps réel et à la demande, une question demeure : l’IA peut-elle vraiment saisir et sublimer nos émotions musicales, ou risquons-nous d’y perdre un peu de magie humaine ?
Source : Techcrunch




