Pourquoi Tesla a-t-il décidé de mettre fin à la production des modèles S et X, pourtant icônes du passage à l’électrique de masse ? Derrière une annonce sobre d’Elon Musk lors du dernier appel de résultats, que révèle ce tournant radical et, finalement, attendu de l’histoire du constructeur ? La décision paraît logique, mais cache-t-elle un aveu d’échec ou un simple exercice de pivot stratégique vers l’autonomie et la robotique ?
Le PDG star l’a affirmé : la production des tout derniers exemplaires de la berline Model S et du SUV Model X cessera le trimestre prochain. Tesla promet un “soutien aussi longtemps que des propriétaires garderont ces voitures”. S’agit-il juste d’un dernier hommage à deux véhicules qui ont contribué à façonner l’industrie ? Ou d’un camouflage pour masquer la difficulté à suivre la cadence imposée par des concurrents agressifs et une gamme qui suscite moins d’enthousiasme qu’aux heures de gloire ?
“Il est temps d’accorder une retraite honorable aux Model S et X”, a expliqué Musk, tout en exhortant les indécis : “Si vous voulez en acquérir une, ne tardez pas.” Derrière cette élégance verbale, un constat : Tesla libère des lignes entières de la gigantesque usine de Fremont, en Californie, pour y fabriquer… des robots Optimus. Les véhicules les plus chers de la marque vont donc céder la place à des humanoïdes, pendant que la production du Cybertruck se poursuit au Texas. Est-ce le pivot vers une nouvelle ère annoncée ou un pari risqué dans un marché électrique toujours plus compétitif ?
L’arrêt de la Model S et du Model X sonne-t-il la fin d’un mythe… ou le début d’une mutation vitale pour Tesla ?
Le parcours de ces deux modèles n’a jamais été linéaire. La Model S, lancée en 2012, reste saluée comme la première berline électrique de luxe à séduire aussi bien le public que la presse automobile, allant jusqu’à battre les meilleures thermiques du marché. Mais comment expliquer ce parfum de nostalgie alors même que la marque visait depuis le départ des volumes considérables grâce aux Model 3 et Y, plus abordables ? D’ailleurs, les ventes plafonnent malgré des restylages et face à des rivaux comme Rivian ou Lucid qui savent capter une clientèle premium exigeante et volatile. Tesla aurait-il perdu la main en haut de gamme ?
Model X, de son côté, n’a jamais vraiment trouvé sa vitesse de croisière sur le plan industriel. Entre les fameuses portes “Falcon Wing”, synonymes de prouesse autant que de galère de production, et l’image de “Fabergé des voitures” que Musk lui-même a assumé, le SUV a cumulé les problèmes. Une erreur stratégique au moment des refontes, des retards, et des difficultés répétées à satisfaire la demande avec une qualité constante : fallait-il vraiment s’acharner sur un produit si complexe ?
En filigrane, le départ du S et du X était prévu depuis longtemps. Musk avouait dès 2019 que leur fabrication relevait plus de la tradition sentimentale que d’une nécessité industrielle. Ces modèles, désormais relégués à la catégorie “autres” dans les rapports trimestriels, voyaient leur importance s’éroder face à l’ascension promise du Cybertruck… qui, ironie de l’histoire, multiplie les déboires depuis son lancement effectif. L’échec commercial du nouveau pickup a-t-il prolongé artificiellement la vie du duo S et X pour cacher des chiffres décevants ?
Alors que Tesla se revendique aujourd’hui comme acteur de la robotique et de l’intelligence véhiculaire autonome, le constructeur abandonne-t-il un pan de son passé glorieux pour mieux survivre et se transformer dans un futur incertain ? Ou sacrifie-t-il ses mythes fondateurs au profit d’une fuite en avant technologique ? Malgré l’importance “mineure” de ces modèles dans le futur de la marque, la S et la X demeureront-elles indispensables pour comprendre l’ascension d’Elon Musk et le mythe Tesla ? Et maintenant qu’ils tirent leur révérence, reste-t-il à Musk un moyen de maintenir la passion qui, à l’origine, a su électriser le secteur ?
Source : Techcrunch




