La révolution de l’intelligence artificielle va-t-elle précipiter la chute des géants du SaaS comme Salesforce, ou bien, au contraire, accélérer leur métamorphose ? Peut-on croire que l’ère des “SaaSpocalypse”, ce séisme qui inquiète les marchés, est bel et bien imminente ?
Mercredi, Salesforce a publié des chiffres impressionnants : 10,7 milliards de dollars de revenus au dernier trimestre, 41,5 milliards sur l’année, une acquisition stratégique d’Informatica à 8 milliards de dollars… Mais est-ce vraiment suffisant pour rassurer des investisseurs de plus en plus fébriles ? Les modèles d’affaires par abonnement, où chaque employé est un “siège” facturé, sont-ils menacés par l’arrivée d’agents IA capables de remplacer d’innombrables tâches humaines ?
Depuis plusieurs mois, le doute s’immisce sur Wall Street. Les valeurs SaaS vacillent, Salesforce en tête, accusées d’être dépassées par la vague IA, d’où le surnom “SaaSpocalypse.” Marc Benioff, le patron charismatique de Salesforce, n’a pas hésité à en jouer publiquement lors de la présentation des résultats, multipliant les références au tremblement de terre qui secoue son secteur.
Les performances financières rassurent mais ne suffisent plus à dissiper les doutes sur l’avenir du géant du cloud.
Face à la tempête, Salesforce a choisi l’offensive. Nouveau programme de rachat d’actions à hauteur de 50 milliards, dividende relevé de 6%, remaniement complet de la traditionnelle conférence téléphonique — mi-podcast, mi-infomercial — pour souligner la pertinence de ses innovations IA. Mais est-ce un simple coup de communication ou le signe d’une transformation réelle ?
Dans une mise en scène millimétrée, Benioff a fait témoigner les patrons de SharkNinja, Wyndham et SaaStr. Leur message : l’IA agentique de Salesforce serait déjà indispensable. Pour convaincre les sceptiques, l’entreprise a introduit un nouvel indicateur — l’agentic work unit, ou “AWU” — censé mesurer, non plus le simple volume d’usage IA, mais la réalisation concrète de tâches vérifiables. L’objectif ? Montrer que l’IA ne remplace pas Salesforce : elle l’améliore et justifie de nouveaux modèles tarifaires.
La bataille se joue aussi sur la vision de l’architecture technologique du futur. Salesforce affirme que les plateformes SaaS conserveront le pouvoir, reléguant les créateurs de modèles IA à de simples fournisseurs de puissance de calcul. Une riposte directe aux ambitions d’OpenAI, qui, avec son agent Frontier, souhaite être le coeur de l’écosystème… Où se niche alors la véritable valeur dans ce nouvel écosystème ?
Reste enfin l’aspect symbolique : Marc Benioff, vêtu d’une veste en cuir noir à la manière du patron de Nvidia, tente de s’imposer comme le nouveau visage du SaaS dopé à l’IA. Mais derrière cette opération séduction, le marché reste-t-il réellement convaincu ? Salesforce a-t-il les moyens de s’imposer dans la reconstruction annoncée du cloud logiciel face à la montée des super-agents IA ?
Alors, Salesforce saura-t-il réinventer son modèle et survivre à la SaaSpocalypse annoncée ?
Source : Techcrunch




