Que cherche réellement Mobileye derrière sa récente acquisition de Mentee Robotics pour près d’un milliard de dollars ? S’agit-il d’une simple diversification technologique ou d’une stratégie plus ambitieuse pour dominer la nouvelle ère de l’intelligence artificielle physique ?
L’entreprise israélienne, jadis célèbre pour ses puces de vision assistée dans l’automobile, s’engage désormais dans une aventure inédite : les robots humanoïdes. Pourquoi cette transition spectaculaire vers ce marché encore balbutiant ? L’annonce effectuée durant le CES de Las Vegas révèle-t-elle une véritable révolution ou une fuite en avant face à un secteur automobile de plus en plus concurrentiel ?
Cette manœuvre, pilotée par le co-fondateur Amnon Shashua, soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses claires. Shashua, qui a fondé à la fois Mobileye et Mentee Robotics, s’est retiré du vote du conseil d’administration pour éviter tout conflit d’intérêts, mais ne demeure-t-il pas le chef d’orchestre de cette convergence ? En acquérant Mentee pour environ 612 millions de dollars en cash et plus de 26 millions d’actions, Mobileye prend-elle vraiment un risque calculé, surtout à l’heure où chaque géant technologique se lance dans la robotique humanoïde sans certitude de rentabilité ?
Mobileye veut dépasser la voiture autonome pour conquérir la robotique grand public, mais à quel prix et avec quelle vision stratégique ?
Officiellement, cette opération élargit le champ d’action de Mobileye vers ce que l’entreprise appelle l’« intelligence artificielle physique ». Mais que recouvre précisément ce terme flou ? Se dirige-t-on vers des robots capables d’interagir de façon naturelle avec les humains, ou s’agit-il simplement d’une course à l’innovation dictée par la peur d’être dépassé ? Rappelons que Mentee Robotics restera une entité indépendante, mais toutes deux partagent le même cerveau… et le même portefeuille. Où s’arrêtera le chevauchement entre les deux structures ?
L’un des arguments phares avancé par Mobileye réside dans sa trésorerie et un carnet de commandes estimé à plus de 24 milliards de dollars sur huit ans, dû à ses succès dans l’autonomie automobile. Cette manne financière suffira-t-elle pour compenser les investissements colossaux nécessaires au développement industriel de robots humanoïdes ? Mentee pourra-t-elle, grâce à Mobileye, franchir les obstacles auxquels de nombreux concurrents se heurtent encore ?
Impossible également d’ignorer le contexte : la veille de l’annonce de cette acquisition, Mobileye avait signé un contrat majeur avec un des 10 plus grands constructeurs automobiles pour écouler neuf millions de ses nouveaux systèmes ADAS, renforçant son assise dans le véhicule autonome. Cette double actualité traduit-elle une volonté de double diversification ou, au contraire, de préparer en douceur la transition du secteur automobile vers d’autres horizons technologiques ?
Face à tant de paris et d’incertitudes, une question persiste : cette entrée fracassante dans la robotique humanoïde signera-t-elle la prochaine success story de l’IA physique, ou bien Mobileye risque-t-elle de se disperser au détriment de ses racines automobiles et de ses solides acquis ?
Source : Techcrunch




