Comment un documentaire sur Melania Trump, loin d’être salué par la critique, peut-il susciter un tel engouement au box-office américain ? Cette semaine, « Melania », un film retraçant l’intimité de l’ancienne Première Dame, s’est hissé en troisième position du classement, engrangeant plus de 7 millions de dollars en un seul week-end. Mais derrière ce score, faut-il voir un succès cinématographique ou une manœuvre politique bien orchestrée ?
La question se pose d’autant plus que, pour acquérir « Melania », Amazon n’a pas hésité à dépenser 40 millions de dollars, surenchérissant de 26 millions face au géant Disney. Pourquoi une telle surenchère pour un documentaire dont la rentabilité semble incertaine ? Le budget promotionnel, lui aussi colossal, atteint 35 millions, une somme rarement consacrée à ce genre de production. À l’heure où les experts affirment que le film ne pourra pas être rentable en salle, quelle stratégie cache Amazon ?
Certains dénoncent une opération d’influence plus qu’un investissement artistique. Ted Hope, ancien cadre d’Amazon Studios, n’hésite pas à évoquer une « tentative de séduction, voire de corruption à peine voilée » visant l’administration Trump. Ce documentaire, le plus cher jamais produit sans droits musicaux, cherche-t-il à gagner des faveurs ou à préparer le terrain pour des accords politiques ?
« Et si derrière le succès apparent de “Melania” se cachait une stratégie d’influence numérique et politique ? »
Le réalisateur Brett Ratner, de retour après sept ans d’absence liés à de graves accusations dont il se défend, ajoute un parfum de scandale à cette sortie. À New York, deux tiers de l’équipe ont même demandé à ne pas être crédités, un fait rare qui interroge sur le climat autour du tournage. Pourquoi cette réserve extrême ? Faut-il y voir la crainte de tremper dans un projet trop brûlant ?
Malgré une projection privée en grande pompe à la Maison-Blanche, à laquelle Tim Cook, patron d’Apple, a assisté, le film a court-circuité les critiques avant sa sortie. Résultat, le verdict du public et des journalistes est tombé : 7% sur Metacritic, 10% sur Rotten Tomatoes, synonymes de rejet massif. Comment expliquer un tel divorce entre succès commercial initial et désaveu critique ?
Manohla Dargis du New York Times parle d’un film « soigneusement mis en scène, qui ne dévoile rien d’autre qu’un quotidien très contrôlé ». S’agit-il d’une œuvre de propagande déguisée ou d’une simple maladresse de production ? Chez Amazon MGM, on préfère insister sur la « longue vie » du projet grâce à la plateforme Prime et à une future série documentaire. Mais est-ce suffisant pour justifier pareille démesure financière ?
Pour les spectateurs et acteurs du secteur, une question demeure : à qui profite vraiment cette opération, entre pirouette commerciale, lobbying numérique et ambition politique ?
Source : Techcrunch




