Quand la Tech Ordonne… Qui Prend vraiment les Médicaments ?

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Quand la Tech Ordonne… Qui Prend vraiment les Médicaments ?

Qui aurait cru que le futur de l’humanité se jouerait entre un assistant qui vous recommande des vidéos TikTok sur Netflix, un algorithme qui code vos anticorps sur-mesure et des pirates qui hackent les hackers dans des cloud infestés ? Ce grand écart, qui fait passer notre société d’un comprimé intelligent à une vidéo virale générée par IA, en dit long sur notre marche aveugle vers un monde ultra-connecté, où la vitesse d’innovation a fini par rattraper – et parfois dépasser – notre capacité à comprendre ce qu’on est en train de libérer. Aujourd’hui, la donnée est partout : soigne-t-elle déjà mieux que nos médecins, prédit-elle nos achats… ou attend-elle surtout de voir qui cliquera le plus fort sur “abonnez-vous” ?

À la frontière de l’absurde et du technocritique, le progrès s’orchestre comme un festival de hype sous perfusion de capital-risque : des licornes IA façon Chai Discovery à l’incroyable buzz autour des “world models” d’AMI Labs, tout ce petit monde promet monts et merveilles pour la santé, les entreprises, la connaissance ou le divertissement. Tantôt on fait miroiter une IA qui comprendra vraiment la réalité, tantôt on la dresse à trier les logs oubliés des open spaces avec la promesse de réveiller l’or enterré (coucou Edra). Mais derrière chaque révolution : une question, qui tient plus du buzzword que du programme, sur l’utilité réelle de ces couches algorithmiques posées à la va-vite sur un quotidien de plus en plus illisible.

Car c’est bien cette confusion frénétique qui crée un nouvel écosystème de l’incertitude. Entre la volonté d’externaliser notre mémoire, nos décisions, même nos tâches vitales et l’angoisse de confier la clé de notre vie à des boîtes noires génératrices d’hallucinations, la sophistication technique se double d’une simplification sociale inquiétante. Dans ce Far West digital, la confiance devient la denrée rare : Apple veut que Siri devienne le confident parfait (mais sans procès cette fois), Netflix s’érige en TikTok de salon, X joue les arbitres moraux de la désinformation automatique en pleine guerre, tout en misant ouvertement sur la créativité algorithmique pour maintenir le show. Même la promesse de la sécurité s’écroule : vos clés BitLocker, stockées dans les nuages de Redmond, passent entre les mains du FBI aussi facilement qu’un mot de passe sur un Post-it (BitLocked or BitJoked ?).

La technologie, c’est surtout l’art d’orchestrer l’incertitude à grande échelle tout en prétendant offrir la simplicité.

L’humain, dans l’histoire ? Il s’accroche fébrilement à ce mirage de maîtrise totale — “Orchestration logicielle multi-silicon”, énergie “Utilize” qui prétend réveiller les réseaux électriques, assistants IA qui flirtent avec le pilotage automatique de notre vécu — tout est là pour vendre de la déresponsabilisation emballée dans un joli packaging UX. On supprime les apps inutiles (App-ocalypse Now), on promeut la vidéo qui booste l’engagement, et quand le monde s’écroule sous la désinformation, X promet d’agiter la carotte de la “Community Note” sans trop se fatiguer à différencier info et intox (lire ici). Reste à savoir où nous mène cette jungle algorithmique, entre clouds survoltés, IA omniprésente et pirates 2.0 qui se volent entre eux le maigre butin des identifiants (PCPJack).

Reflet d’une époque : la société numérisée devient accro à l’illusion de l’automatisation utile, jusqu’à déléguer le sens même de ses innovations à des start-up explosives, des plateformes tentaculaires et des clouds mystérieux. Mais si la promesse faites de réinvention continue finit par se heurter à la banalisation des solutions magiques et à l’érosion de la responsabilité individuelle, peut-être n’y a-t-il rien de plus subversif, à l’ère du tout-algorithme, que de choisir de garder la main sur ses propres choix — fût-ce en risquant de rater la prochaine “révolution” par sur-personnalisation.

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