Comment révolutionner le développement des enzymes à l’ère de l’intelligence artificielle et de la robotique ? Quand on sait que ces molécules sont au cœur de secteurs stratégiques comme la pharmacie, l’agroalimentaire ou même les biofuels, n’est-il pas temps de dépasser des méthodes traditionnelles, laborieuses et souvent coûteuses ? C’est le pari audacieux que se lance Imperagen, cette jeune pousse britannique sortie tout droit du Manchester Institute of Biotechnology, qui vient de lever 5 millions de livres sterling.
Derrière cette levée de fonds, quels changements Imperagen promet-elle d’apporter dans un secteur figé par des années de tâtonnements expérimentaux ? En abandonnant l’approche classique du « trial and error », la start-up avance une triple innovation : simulations de mutations enzymatiques basées sur la physique quantique, intelligence artificielle alimentée en continu par des robots de laboratoire, et automatisation intégrale du processus. Une telle boucle de rétroaction entre le virtuel et l’expérimental pourrait-elle accélérer et fiabiliser la découverte d’enzymes bien au-delà de ce qu’autorisent aujourd’hui les concurrents, de Biomatter à Cradle Bio ?
Les conséquences paraissent colossales. Plus rapide, moins cher, plus fiable… mais surtout potentiellement plus durable : alors que les industriels cherchent à verdir leurs processus, la démocratisation d’enzymes sur-mesure élaborées par intelligence artificielle peut-elle réellement transformer la donne ? Les experts en transition écologique y voient un outil prometteur, à la croisée des biotechnologies et du numérique, pour rendre la production industrielle moins polluante et plus responsable.
Face à des secteurs entiers en attente de solutions, Imperagen ambitionne de faire entrer l’ingénierie enzymatique dans une ère nouvelle, mêlant calcul quantique, IA et automatisation robotique.
Mais cette intégration poussée de technologies de pointe soulève-t-elle de nouveaux défis ? Guy Levy-Yurista, tout juste nommé PDG d’Imperagen et fort de son expérience en IA et sciences du vivant, souligne les limites des premières générations d’outils numériques : si beaucoup d’entreprises ont tenté d’utiliser l’IA pour accélérer le « design » d’enzymes, rares sont celles capables de passer le cap de l’industrialisation. Imperagen serait-elle la première à promettre une efficacité industrielle, là où les autres échouent encore ?
Pour mettre toutes les chances de son côté, la startup va injecter sa toute nouvelle enveloppe dans des recrutements de spécialistes IA, l’extension de son laboratoire expérimental et la structuration d’une offre commerciale d’ici deux ans. Sa vision : industrialiser l’ingénierie enzymatique pour permettre à d’autres entreprises de commercialiser plus vite et plus sûrement des matériaux, médicaments ou composants innovants.
Mais l’ultime ambition, selon Levy-Yurista, va encore plus loin : imposer la bio-ingénierie assistée par IA comme un standard industriel, produisant des molécules plus propres, plus sûres, et meilleures pour la société comme pour la planète. La question reste maintenant entière : la promesse d’Imperagen sera-t-elle tenue sur le terrain, ou l’écart entre simulation et monde réel restera-t-il le principal talon d’Achille du secteur ?
Source : Techcrunch




