Peut-on vraiment espérer voir prochainement des smartphones vendus à seulement 40 dollars inonder le marché africain ? L’annonce récente de la GSMA et d’une coalition d’opérateurs et de fabricants laisse le rêve paraître à portée de main, mais l’histoire récente ne nous invite-t-elle pas à la prudence ? Quels obstacles réels freinent aujourd’hui ce projet, pourtant porteur d’espoir pour la réduction de la fracture numérique ?
La GSMA, appuyée par des géants africains des télécoms tels que MTN, Orange ou Vodafone, annonce vouloir lancer des smartphones 4G à moins de 40 dollars dans six pays africains. L’objectif affiché : connecter 20 millions de nouveaux utilisateurs aujourd’hui laissés de côté à cause du coût prohibitif des appareils connectés. On peut cependant se demander si la promesse est à la hauteur des intentions. Car, derrière les déclarations d’intention, où en sont réellement les négociations commerciales ? Et surtout, quelles garanties les utilisateurs ont-ils concernant l’accessibilité de ces futurs appareils ?
L’initiative, coordonnée par la Handset Affordability Coalition de la GSMA, compte à ce jour une quinzaine de fabricants engagés dans des discussions, mais rien n’a encore été signé. Les coûts élevés des composants, en particulier de la mémoire, complexifient la démarche. Quels fabricants franchiront vraiment le pas ? L’expérience des précédents programmes comme Android One, lancé par Google et qui n’a jamais réussi à s’imposer, incite-t-elle à croire qu’un tel revirement soit possible sur le continent africain ?
Le pari des smartphones à 40 dollars est-il une réelle solution ou un mirage industriel sous haute tension ?
Au cœur de l’équation, le contexte fiscal s’avère être un facteur déterminant. Selon la GSMA, jusqu’à 30% du prix des appareils provient des taxes et droits d’importation, car ils sont souvent considérés comme des produits de luxe. Or, aucun des gouvernements concernés n’a encore accepté de réduire ces charges, alors que l’exemple sud-africain —où une taxe de luxe a été supprimée pour les smartphones les plus abordables— montre une possible voie à suivre. Les bailleurs de fonds et institutions de développement répondront-ils présents pour assumer une partie du risque financier ?
En parallèle, certains analystes restent sceptiques sur la faisabilité industrielle du projet, est-ce une politique de communication ou bien une stratégie viable ? Ahmad Shehab, analyste chez Counterpoint, rappelle que la majorité des téléphones vendus sur le continent restent des téléphones de base à de faibles marges, et que les composants requis pour des smartphones complets à ce prix sont aujourd’hui difficiles à obtenir. Les volumes de vente de modèles aussi bon marché demeurent, pour l’instant, très faibles : n’assiste-t-on donc pas à une illusion entretenue par quelques annonces fracassantes ?
Même si certains fabricants parviennent à proposer à la marge des tarifs bas, les chiffres du marché restent bien au-dessus, avec un prix moyen de 188 dollars pour un smartphone en Afrique. Par conséquent, les efforts pour démocratiser l’accès aux smartphones passent inévitablement par une prise de conscience politique, industrielle et financière collective. Mais cette coalition d’intérêts peut-elle surmonter l’enchevêtrement des défis économiques et technologiques ?
Pour que cette initiative évite l’écueil des précédentes, la pression sur les constructeurs, gouvernements et opérateurs doit être maintenue. Est-ce le début d’une révolution pour les populations africaines, ou simplement un nouvel épisode dans la longue quête d’un mobile accessible à tous ?
Source : Techcrunch




