Comment les entrepreneurs technologiques décident-ils aujourd’hui de ce qu’il faut construire face à la multiplication des outils d’IA générant du code à la demande ? Est-il encore pertinent de s’interroger sur le « quoi » plutôt que sur le « comment » ?
C’est le pari de Rocket, une startup indienne basée à Surat qui affirme que la question de la stratégie produit précède désormais celle du développement logiciel automatisé. Leur plateforme, Rocket 1.0, se présente comme la première à connecter, dans un même flux, la recherche, la construction de produits et l’intelligence concurrentielle. Faut-il voir là un véritable changement de paradigme pour la création technologique ?
Alors que des outils tels que Cursor, Replit ou Lovable démocratisent le codage par IA, il ne suffit plus de générer du code – il faut savoir sur quoi miser. Vishal Virani, co-fondateur de Rocket, insiste : “Tout le monde peut écrire du code maintenant… Mais quoi construire, ça, tout le monde l’ignore encore.” La plateforme produit des dossiers stratégiques dignes des cabinets de conseil, délivrés à partir de simples requêtes textuelles et accompagnés de recommandations en termes de tarification, d’économie unitaire et de stratégie go-to-market. Leur test par TechCrunch révèle une prestation qui s’éloigne des traditionnels chatbots pour s’attaquer à des problématiques plus structurelles.
Rocket veut rendre accessible à tous la réflexion stratégique sur les produits, là où traditionnellement seuls les grands groupes ou les très bien financés pouvaient se l’offrir.
Mais la promesse est-elle tenue ? Une partie des analyses semble s’appuyer sur des données existantes — comme les modèles de prix ou le suivi des concurrents — et non sur une expertise inédite. Que valent ces recommandations face à la réalité du terrain ? Rocket garantit néanmoins un accompagnement humain en cas de difficultés et mise sur plus de 1 000 sources d’informations, des bibliothèques publicitaires de Meta aux API de Similarweb. Leur offre s’étend à la création de rapports détaillés pour des tarifs bien inférieurs à ceux du conseil traditionnel, oscillant entre 25 et 350 dollars par mois selon la profondeur des services.
En optant pour le forfait à 250 dollars, Rocket promet aux utilisateurs deux à trois rapports “de niveau McKinsey” — un positionnement agressif qui pourrait bouleverser le modèle des cabinets de conseil classiques. Est-ce une menace sérieuse ou l’IA se contente-t-elle d’un ersatz de réflexion stratégique ?
Avec une levée de fonds de 15 millions de dollars, un effectif de 57 personnes et une croissance éclair (de 400 000 à 1,5 million d’utilisateurs dans 180 pays), Rocket revendique un revenu annuel moyen par utilisateur de 4 000 dollars. Mais faut-il croire sur parole ces chiffres quand la répartition entre payants et utilisateurs gratuits demeure floue ?
Alors que la société parvient à dégager plus de 50% de marge brute, dont une part significative issue des PME, n’assiste-t-on pas à la naissance d’une nouvelle forme de conseil, à la fois démocratisée, hybride et automatisée ? La question reste entière : l’IA peut-elle vraiment remplacer l’expérience humaine dans la stratégie produit ?
Source : Techcrunch




