Comment une startup française peut-elle espérer concurrencer les géants américains du CRM ? C’est la question qui se pose alors que Brevo, autrefois connue sous le nom de Sendinblue, vient de décrocher le statut de licorne en levant 500 millions d’euros. Derrière cette croissance fulgurante, quelles sont les stratégies de Brevo pour s’imposer face à des mastodontes comme Salesforce ou HubSpot ? Est-ce simplement une manœuvre financière, ou l’avènement d’un nouvel acteur capable de bousculer la hiérarchie mondiale du secteur ?
L’histoire de Brevo fascine par sa transformation rapide : de simple service d’emailing pour PME en 2012, la société a su pivoter vers une plateforme CRM complète, élargissant sa cible jusqu’à des entreprises de la taille de Carrefour ou eBay. Ce repositionnement a résolument changé la donne. Mais est-ce suffisant pour convaincre le marché américain, dont Armand Thiberge, le PDG de Brevo, affirme vouloir capter 50% du chiffre d’affaires mondial ? Faut-il y voir une ambition réaliste ou un pari fou face à des acteurs dont les revenus flirtent avec les 40 milliards de dollars annuels ?
La force de frappe financière est désormais bien réelle, boostée par de nouveaux investisseurs comme General Atlantic et Oakley Capital. Pourtant, Brevo mise sur autre chose que la simple quantité d’argent : 50 millions d’euros sont déjà dédiés à l’IA sur cinq ans, tandis que les acquisitions se multiplient (onze au compteur). L’objectif revendiqué : dépasser le seuil du milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2030. Mais à quoi ressemblera vraiment le paysage concurrentiel d’ici là, alors que l’intelligence artificielle bouleverse le jeu et que les petites pépites du CRM se font racheter à tour de bras ?
Face aux géants américains, Brevo joue son va-tout sur l’innovation, la diversification et la maîtrise du produit.
La question de la souveraineté européenne flotte également en arrière-plan. Pourtant, Brevo refuse d’en faire un argument commercial : pour Thiberge, seul « le meilleur produit » l’emportera, peu importe sa nationalité. Comment combiner polyvalence, simplicité d’utilisation et intégration de l’IA sans perdre l’agilité d’une organisation de taille intermédiaire ? Brevo prend le risque de courir deux lièvres à la fois : séduire à la fois les très petites entreprises avec une solution accessible, et convaincre les grands comptes avec des fonctionnalités avancées, quitte à complexifier la plateforme.
La diversification se veut totale : campagnes emails, SMS, WhatsApp, CRM, chat en direct, gestion des données clients, appels commerciaux… Jusqu’où ira cette logique d’intégration ? Si la croissance passe désormais autant par des rachats stratégiques que par de nouvelles innovations internes, Brevo pourra-t-elle maintenir sa cadence dans un environnement aussi concurrentiel ? Et quelle place restera-t-il aux indépendants du secteur face à cette consolidation galopante ?
À la croisée des chemins, la startup française semble déterminée à s’affirmer sans céder à la tentation du repli régional. Mais cette ambition internationale suffira-t-elle à compenser la domination technologique et commerciale des américains ? Avec un modèle basé sur l’excellence produit, la course – accélérée par les investissements massifs dans l’IA – s’annonce haletante. Peut-on imaginer un futur où une licorne française fait jeu égal avec les titans du CRM, ou la réalité du terrain viendra-t-elle rapidement rappeler la difficulté de rivaliser avec les leaders établis sur leur propre terrain ?
Finalement, la grande question demeure, alors que Brevo lève des centaines de millions d’euros pour s’imposer mondialement : la France peut-elle transformer une ambition pour le CRM en véritable success story planétaire, ou ce rêve reste-t-il condamné à se heurter aux limites de l’écosystème européen ?
Source : Techcrunch




