Ah, la liberté d’expression, ce vieux mirage démocratique qu’on aime brandir… tant que personne ne s’offusque de nos propres dérives. L’affrontement entre X (ex-Twitter) et l’Inde autour du portail Sahyog ne fait que révéler la comédie pathétique d’un XXIe siècle où la censure devient une API et la liberté d’expression une variable d’ajustement réglementaire. Quand la police de demain clique sur « supprimer » sans se fatiguer à écrire la moindre justification, on se dit qu’Orwell était optimiste : il avait imaginé Big Brother, pas Big Admin.
Le plus ironique dans cette affaire, c’est la chorégraphie molle des géants techs face à la censure. Google et Meta s’inclinent sans bruit, pendant qu’X, sous la bannière d’un Elon Musk déjà en pleine drague d’un gouvernement indien avide de Tesla et de satellites Starlink, se prend soudain pour la dernière sentinelle de la liberté planétaire. Il y a là un parfum de stratégie autant que de conviction. Ceux qui font mine de résister négocient déjà leurs prochaines implantations tandis que ceux qui obéissent… sécurisent le marché avant tout.
Le progrès, ce grand prétexte à tout, autorise désormais la suppression algorithmique, la censure instantanée, le contrôle sans contrôle. Les juristes indiens, dans leur grande sagesse, rappellent que la justice exige traditionnellement un contrôle judiciaire. Mais on sait bien que dans la Silicon Valley, la tradition, c’est une fonctionnalité dont on peut se passer pour accélérer le time to market. Après tout, pourquoi s’embarrasser de contre-pouvoirs quand l’autoritarisme administratif est scalable ?
Quand la liberté d’expression rencontre l’automatisation d’État, c’est toujours la complexité humaine qui dégage.
À trop vouloir déposer des brevets sur le vivre-ensemble numérique, États et géants se partagent déjà la recette du contrôle global à la carte. La question n’est donc plus de savoir si la censure technologique va s’étendre, mais avec quelle créativité et quelle hypocrisie le monde enrobera ces reculs. Saupoudrons le tout de « lutte contre la désinformation » et d’audits de transparence opaques : on trouve toujours un emballage recyclable à la privation de droits. Et si le modèle indien inspire d’autres démocraties high-tech, préparez-vous à voir la fin de la « neutralité du net » être débattue… par des bots.
Ce théâtre d’ombres ne nous livre aucune certitude sinon que les garants autoproclamés de la liberté préfèrent souvent la défense de leurs intérêts à celle du bien commun. Entre les futures lois sur la désinformation, les portails de censure étatiques et les géants numériques prêts au compromis, il va falloir s’accrocher pour ne pas confondre pluralisme et conformité algorithmique. Demain, qui sait quelles intelligences (artificielles ou politiques) filtreront nos paroles d’humains ?




