C’est sans doute à force de glisser frénétiquement entre séries Netflix, playlists sur Apple Music et présentations générées par l’IA que l’on comprend soudain : la technologie, aujourd’hui, n’est plus une mosaïque de services indépendants, c’est un gigantesque buffet où géants et start-ups se servent dans les assiettes de l’autre. Regardez la façon dont Netflix engloutit Warner et joue du popcorn avec Paramount, alors même qu’Apple et Google s’offrent une danse à un milliard le tour pour que Siri comprenne enfin la moitié de vos mèmes TikTok. Au-dessus de ce bal, les investisseurs swinguent avec Gamma et LiveKit, transformant la procrastination en business-model ou propulsant la voix humaine dans le cloud avec la nonchalance d’un trader chargé en caféine.
Mais si tout le monde fusionne, rachète ou s’allie, il n’y a pas que les studios d’Hollywood qui se vendent : nos données, elles, partent à l’encan, déguisées en « statistiques personnalisées » chez Apple Music Replay ou Spotify Wrapped – reflet déformé du jeu de l’attention permanent. Même nos slides en entreprise (merci Gamma !) et nos appels vidéo en psychiatrie (kiss LiveKit) deviennent terrain de jeu algorithmique, où l’humain s’évapore dans la logique du temps réel et du rendement. La culture et la communication, autrefois symboles d’ouverture, s’uniformisent dans le moule lissé de l’IA et du streaming, où chaque interaction est marchandisée sous forme d’abonnement ou de pipeline vocal optimisé.
Au fond du laboratoire, les vrais maîtres du jeu ne sont pourtant pas ces entreprises stars. Ils se glissent dans le sillage des matières premières – regardez ce bras de fer autour des terres rares où Chine et États-Unis jouent à qui perd gagne, reparamétrant l’écosystème techno mondial autour du bon vouloir de Xi Jinping et Joe Biden. Le progrès numérique, ici, ne tient pas à la grandeur d’une start-up, mais à une poignée de métaux – et un accord diplomatique peut faire repartir nos chaînes d’approvisionnement, comme un simple joueur qui remet de la monnaie dans la machine à consommer.
La tech moderne, c’est quand la fusion de Netflix, l’IA prêtée par Google à Apple et les statistiques Replay convergent, pendant que tout dépend toujours… d’un grain de graphite chinois.
Et que voit-on au sommet de cette pyramide algorithmique ? Les mêmes vieux problèmes sous des habits neufs : la concentration des pouvoirs, la dépendance aux infrastructures privées, et la promesse récurrente que « cette fois, l’humain sera au centre » alors même qu’il disparaît dans le bruit de fond d’un marché saturé de promesses et d’investissements. Qu’il s’agisse de défendre la diversité créative d’Hollywood face à la fusion Netflix/Warner, ou l’apparente bienveillance d’Apple qui patine pour offrir à Siri un cerveau digne de ce nom, la réalité est que tout cela n’est que surface. En profondeur, la logique du monopole s’étend, statistique après statistique, abonné après abonné, rare earth après rare earth.
Devant cette convergence (ou dévoration mutuelle), il resterait à se demander combien de temps encore cette illusion de choix, de personnalisation et de partage pourra tenir. À l’heure où la communication se fait instantanée sur les rails des infrastructures LiveKit, que chaque playlist Apple Replay nous dit qui nous sommes et que chaque studio rêve d’être le dernier debout, la question essentielle ne serait-elle pas : qui tire vraiment les câbles – et jusqu’où voulons-nous que s’étende la nappe de ce banquet algorithmique ?




