Qu’advient-il vraiment de la propriété intellectuelle des startups de la tech aéronautique quand l’une d’entre elles fait faillite ? L’exemple de la société allemande Lilium, jadis prometteuse dans le secteur des avions électriques, pose de sérieuses questions sur la survie de l’innovation une fois que l’aventure entrepreneuriale s’essouffle. Que sont devenus les brevets, les promesses de vols propres, et la confiance des investisseurs ?
En 2023, la cessation d’activité de Lilium, pionnière berlinoise des aéronefs électriques à décollage vertical, n’a pas signé la fin de son influence sur le marché. Faut-il s’étonner que, malgré plusieurs tentatives ratées de restructuration – dont celle menée par Mobile Uplift Corporation, regroupement d’investisseurs européens et nord-américains –, tout s’achève par la mise aux enchères de ses actifs ? L’enjeu était de taille : le portefeuille de brevets de Lilium, fort de 300 inventions réparties sur des systèmes de haute tension, contrôles de vol, ventilateurs carénés et autres designs avancés.
Si la vente a vu se bousculer plusieurs grands noms du secteur, c’est finalement Archer Aviation qui décroche la mise avec 18 millions d’euros, devançant notamment Ambitious Air Mobility Group et l’américain Joby Aviation. Pourquoi Archer ? Et surtout, qu’entend-elle faire de ces technologies acquises – alors que Joby confirme avoir également tenté sa chance lors de cette vente compétitive ?
Les grands espoirs technologiques survivent-ils vraiment à la faillite ou changent-ils seulement de mains pour nourrir d’autres récits industriels ?
Lilium, fondée en 2015, avait levé plus d’un milliard de dollars et séduit des investisseurs de renom comme Tencent, tout en annonçant des contrats prometteurs tels que celui de 100 jets électriques pour l’Arabie Saoudite. Malgré cette manne, le rêve a tourné court, faute de trésorerie et de produits livrés. Que deviennent, dans ce contexte, les grandes idées de la mobilité propre ? Doit-on s’inquiéter de ce gâchis financier ou voir dans cette revente l’espoir d’une seconde vie pour l’innovation ?
Le rachat par Archer, elle-même entrée en bourse lors de la vague des SPAC et récemment diversifiée dans la défense avec Anduril, n’est pas sans soulever d’autres interrogations. Ces brevets alimenteront-ils la course au taxi aérien du futur ou ouvriront-ils la voie à de nouveaux usages, civils comme militaires ? L’intégration des ventilateurs carénés de Lilium dans des programmes de vols sportifs ou régionaux marquera-t-elle une rupture technologique ?
Mais la véritable question reste ouverte : en récupérant des brevets issus d’une société ayant échoué à industrialiser ses prototypes, Archer a-t-elle sécurisé un avantage compétitif… ou simplement récupéré un rêve inabouti ? La multiplication des brevets, plus de 1 000 aujourd’hui chez Archer, est-elle un signe de vitalité ou de dispersion stratégique ?
En fin de compte, quand l’avenir d’une technologie semble si dépendant de la solidité financière des startups, le sort des innovations disruptives n’est-il pas trop souvent livré à l’incertitude ? Et si la véritable course n’était pas tant une question de brevet que de capacité à transformer la science en produit ?
Source : Techcrunch




