Chaque jour, la Silicon Valley nous fait croire que demain sera moins chiant qu’aujourd’hui—quitte à catapulter nos problèmes loin de la planète. Aujourd’hui, il n’est plus question de cloud, mais carrément de datacenters spatiaux. Elon Musk, en pleine crise d’ubiquité entrepreneuriale, promet que l’orbite terrestre sera le prochain paradis des serveurs. Pendant ce temps, sur Terre, nos infrastructures publiques sont rongées par la fièvre du data center, et nos services de santé par les cyberattaques. On dirait bien que la technologie refuse obstinément de se contenter du plancher des vaches — même Netflix préfère jouer la scène finale dans le bureau ovale.
Le nuage high-tech flotte donc à toutes les altitudes, mais il n’est pas sans orage : la multiplication des data centers terrestres assèche les ressources publiques tandis que leur migration spatiale, promise par Musk, cherche à résoudre le réchauffement des cœurs de serveurs via une évasion solaire. Pourtant, même dans le vacuum du progrès, chaque serveur en orbite ou centre médical numérisé est une cible à hacker—à quand le premier ransomware en impesanteur ? Demandez à DXS et au NHS s’ils dorment sur leurs deux oreilles.
La médecine n’échappe pas à la numérisation délirante. Tandis que Claude ou ChatGPT Health veulent devenir les majordomes hyperactifs de nos dossiers médicaux — promettant de vacciner les médecins contre la paperasse —, la vérité c’est que la santé numérique avance main dans la main avec la paranoïa cyber. Claude classe, trie, suggère, pendant que des groupes de hackers font la tournée des serveurs comme des angoisses dans la tête d’un patient hypocondriaque numérique. Ajoutez à cela la clique des parents branchés, plus flippés par Snapchat que par Ebola : le contrôle, c’est tendance, mais entre surveillance et confiance, la frontière virtuelle est parfois aussi floue qu’une Story mal uploadée.
Le progrès technologique n’est pas une élévation, mais une fuite en avant qui emporte bien vite nos certitudes, nos données — et nos nerfs.
Or, pendant que Musk vise la stratosphère avec ses satellites Starlink (lesquels saturent plus le ciel que le sourire d’un CEO en pleine OPA), Netflix, lui, joue la conquête des studios Warner Bros dans un blockbuster business où chaque décision politique a le suspense d’une saison finale. Économie, santé, divertissement : tout est devenu un immense échiquier algorithmique. Reste la question : qui pousse réellement les pions ? Les Etats, les grandes entreprises, les IA ou les pirates ? Tous semblent convoiter le jackpot de la connectivité, de la donnée, du récit universel. Et derrière chaque innovation, surgit le spectre de la défaillance—sociale, humaine ou technique.
La vision d’un futur radieux piloté par l’intelligence, qu’elle soit artificielle ou financière, ressemble furieusement à une partouze de clouds, satellites et serveurs où, à force de tout externaliser (calcul, sécurité, relations humaines, parentalité…), ne croit-on pas confier un peu trop naïvement notre sort à la petite poignée d’ultra-connectés ? Progrès ou fuite devant la complexité, chacun choisira son camp — ou sa plateforme, pour streamer la fin du monde avec le meilleur débit possible.




