« Il ne faut pas vendre la peau du lidar avant de l’avoir scanné. » Eh oui, l’histoire de Luminar, autrefois licorne autour du capot, le prouve : dans l’automobile, rien n’est jamais acquis, surtout quand on s’éblouit des phares des géants comme Volvo… et qu’on finit par rouler dans les ténèbres de la faillite.
Remontons à l’aube de 2023, quand Luminar paradait tel un robotaxi dans une auto-école vide : en bourse, un carnet de commandes doré, et surtout ce partenariat VIP avec Volvo pour équiper la prochaine EX90 de ses capteurs lidar, ces lasers censés sauver des vies — ou, du moins, sauver les coûts d’assurance. Volvo, fidèle à son image de constructeurs « plus sûrs que sûrs », avait d’ailleurs monté les enchères : d’abord 39 500 capteurs, puis 673 000, et enfin 1,1 million. Ça sentait le jackpot ? Spoiler alert : tic-tac, c’est la bombe à retardement qui va exploser sous le tableau de bord.
Las, telle la bulle de savon qui rêve de devenir nuage, les plans volumétriques se sont vite retrouvés percés. À force de dépenser sans compter pour répondre à la démesure suédoise (200 millions sur une usine mexicaine, du personnel à gogo…), Luminar a vu naître deux phénomènes : beaucoup d’attente, et très peu de livraison. Quand Volvo a finalement décidé de repousser la sortie du EX90, le capteur star de Luminar est resté en coulisses. Et quand, début 2024, Volvo taille dans les commandes (-75%), c’est tout le château de lumière qui s’effondre.
Quand on mise tout sur un phare, attention à ne pas finir dans l’angle mort.
Ayant misé tous ses photons sur l’automobile, Luminar n’a jamais osé bifurquer vers la robotique ou la défense. Polestar, cousine électrique de Volvo, abandonne la techno faute de logiciels compatibles, Mercedes claque la porte après quelques exigences non atteintes, puis se ravise — trop tard, Luminar est déjà au tapis. Caterpillar signe bien un accord pour mettre du laser sur ses grues, mais le fondateur Austin Russell se fait éjecter sur fond de suspense éthique. Ambiance fin de meeting chez The Office.
Pendant ce temps, les comptes plongent plus vite que la courbe de la hype du metaverse : licenciements par rounds successifs, restructurations, et Volvo qui annonce en septembre que la lidar, finalement, sera en option. Pire, Volvo gèle le projet sur ses futurs modèles. Bilan : l’estimation des commandes fond de 90 %. Oups.
La rupture contractuelle suit, les avocats s’en mêlent, les actionnaires s’inquiètent. Volvo, stoïque, déclare que ses voitures sont de toute façon assez intelligentes, « avec ou sans lidar ». Pendant que Luminar tente de replier ses capteurs invendus vers d’autres marchés… sans succès. Difficile de réinventer son image quand tout le secteur ne voit plus que ses déboires sur la route — et pas dans les forums de robots ou les entrepôts de l’armée.
Le sort de Luminar se joue désormais entre créanciers, juges et potentiels repreneurs. Le fondateur déchu, lui, rêve déjà de racheter la boîte, façon enfant qui veut récupérer son jouet cassé sur eBay. On attend la suite comme le prochain épisode d’une série à cliffhanger : qui du juge des faillites, de Quantum Computing ou d’une mystérieuse startup d’IA emportera le dernier faisceau de lumière ?
Morale de l’histoire : parfois, un deal en or… c’est juste un mirage dans le rétro. Autant dire que vouloir tout miser sur un seul éclair, finit souvent par faire pschitt au tableau de bord. Mais qui sait ? En tech, même les pannes trouvent parfois… une sortie de secours laser !
Source : Techcrunch




