Les géants de la tech aiment tout contrôler : du contenu que vous consommez à la façon dont vous vous y connectez, en passant par les applications qu’ils vous recommandent (parfois même avec le tact d’un panneau publicitaire sur une plage déserte). Regardez un ChatGPT qui propose à prix d’or une séance de vélo immobile au beau milieu d’une conversation sur Elon Musk ! Les suggestions « désintéressées » d’OpenAI ont de quoi laisser les utilisateurs sur place, perplexes, entre deux vertiges d’hyperpersonnalisation et la douce odeur d’un ciblage commercial de plus en plus invasif. Faut-il vraiment payer pour le privilège d’être matraqué de pseudo-recommandations hors sujet ?
La tentation de la surveillance généralisée ne connaît pas de frontières. Entre un ChatGPT qui endosse le rôle de parent techno-souple – détectant au passage détresse émotionnelle et envie de transgression – et un Roblox qui exige votre visage pour autoriser le bavardage, l’utilisateur lambda n’est plus un simple client, mais un sujet d’étude, évalué, protégé, segmenté et, bien sûr, monétisé à chaque instant. La sécurité des enfants ? L’argument fleuve qui justifie tous les excès algorithmiques, jusqu’à l’abandon progressif de l’anonymat et du libre arbitre numérique, sous couvert de contrôle parental ou de lutte contre les troll en blue-jeans.
Le paradoxe contemporain, c’est cet étrange ballet entre injonction à la prudence et ruée effrénée vers l’efficacité et la croissance. Une vieille garde comme United Launch Alliance apprend à la dure que sur la fusée du progrès, il ne suffit pas de parler sécurité, il faut aussi savoir carburer à l’innovation sinon on se fait satelliser… pendant que les nouveaux acteurs, eux, ne laissent que quelques miettes d’identité privée à ceux qui rêvent de confidentialité (ou de logiciels fidèles). Sur terre, même Adobe recule d’un pas face à la foule numérique, promettant la survie en mode zombie de son défunt Animate, tout en gelant son avenir : les créateurs devront accepter l’incertitude ou s’exiler vers un futur encore plus automatisé.
L’illusion de la protection ultime cache-t-elle la prise de pouvoir des IA sur nos usages — et, avec elles, sur notre autonomie ?
Aucun éditeur ne veut passer pour la vieille lune qui rate la fusée de la sécurité et de l’innovation ; tous rêvent d’installer leur application partout, de modéliser la prudence jusque dans la chambre de l’internaute, et de ne rien lâcher sur la collecte de la donnée, qu’elle soit biométrique, émotionnelle, ou purement commerciale. Les utilisateurs, eux, crient leur indignation, expriment leur malaise ou acceptent, bon gré mal gré, d’endosser le costume de cobaye hyperconnecté, surveillé pour sa propre sécurité. Ironique, non, que plus on verrouille la machine, plus les craintes et les fuites augmentent ?
Le numérique trace décidément sa route : entre recommandations absurdes et contrôles parentaux automatisés, chaque innovation repousse un peu plus loin les frontières de la vie privée au nom de la sécurité et de l’efficacité. Jusqu’à quand préférera-t-on tourner en rond sur un vélo d’appartement connecté, plutôt que d’exiger un nouvel horizon pour nos droits d’utilisateurs libres ?



