Face à l’essor rapide des technologies agricoles, le rêve de Monarch Tractor – l’un des prétendants les plus en vue du secteur des tracteurs autonomes – est-il en train de se transformer en cauchemar industriel ? Que s’est-il vraiment passé chez cette start-up qui promettait de révolutionner l’agriculture grâce à l’autonomie et l’électrification ? L’annonce d’éventuels licenciements massifs – plus de 100 postes menacés – et même la possibilité d’une fermeture soudaine, a jeté une ombre sur l’avenir de cette entreprise californienne, pourtant considérée comme l’une des start-ups les mieux financées de son secteur.
Comment Monarch Tractor, née en 2018 grâce à l’expertise d’un ancien cadre de Tesla et de Carlo Mondavi, héritier d’une dynastie viticole, a-t-elle pu en arriver là, malgré les 220 millions de dollars levés et un positionnement de pionnier ? Dans des e-mails adressés à ses équipes, la direction évoque une réorganisation profonde, transitoire selon elle, mais suffisamment critique pour précipiter des ruptures de contrats et des suppressions d’emplois aux États-Unis comme à l’international. Ces remous sont-ils vraiment le résultat d’une stratégie de croissance qui aurait mal tourné, ou cachent-ils un problème plus structurel lié au produit lui-même ?
Si Monarch indique avoir expédié environ 500 modèles de son fameux tracteur autonome, des voix dissonantes s’élèvent. Un de ses premiers revendeurs, Burks Tractor, a intenté une action en justice, affirmant que la technologie promise n’a jamais été pleinement opérationnelle, allant jusqu’à qualifier certains véhicules vendus de « défectueux », voire incapables de fonctionner sans conducteur. Doit-on voir dans cette accusation les prémices d’un effondrement de l’innovation, ou ces incidents restent-ils anecdotiques dans le parcours chaotique mais classique d’une jeune pousse technologique ?
Le rêve d’une agriculture électrifiée et automatisée serait-il en train de se heurter à la dure réalité du déploiement industriel ?
La perte récente du partenaire industriel Foxconn n’arrange rien. Monarch Tractor semble désormais vouloir changer de cap et basculer vers un modèle « software first », misant sur la vente de logiciels et de licences plutôt que sur la fabrication de machines. Ce repositionnement peut-il vraiment sauver l’entreprise, ou ne fait-il que gagner un peu de temps face à un marché devenu sceptique ? La direction, par la voix du CEO Praveen Penmetsa, assure que la croissance du chiffre d’affaires provient déjà à 70% du licensing et que, selon lui, l’intérêt des investisseurs pour la technologie logicielle de Monarch demeure fort.
Derrière l’optimisme affiché, les chiffres manquent à l’appel et la vague de départs – y compris celle du cofondateur issu de Tesla – laisse planer le doute sur la véritable santé de l’entreprise. Les restructurations successives et la focalisation quasi-exclusive sur le SaaS sonnent-elles le glas de l’ambition hardware ? Ou Monarch Tractor a-t-il simplement compris que sa survie passait par une adaptation rapide, quitte à abandonner, au moins temporairement, ses rêves de tracteurs autonomes sur les champs ?
On peine à savoir combien d’employés restent encore à bord du navire Monarch. Les sources internes évoquent un effectif réduit à moins de 300, sans certitude sur l’ampleur exacte des licenciements déjà opérés. La descente aux enfers est-elle définitivement enclenchée, ou Monarch parviendra-t-il à rebondir sur les seules forces de la propriété intellectuelle et de l’offre logicielle ?
Aujourd’hui, la question essentielle demeure : les agriculteurs, principaux clients visés, accepteront-ils d’investir dans une promesse technologique qui, jusqu’ici, peine à tenir toutes ses promesses ? À l’ère de l’agritech, un mythe s’effondre-t-il ou voit-on l’émergence d’un modèle plus agile et adapté aux réalités du marché ?
Source : Techcrunch




