Un étudiant qui muscle sa mémoire grâce à l’IA, le capital-risque qui muscle sa vertu inclusive avant de laisser retomber la hype, l’œil qui muscle sa rétine pour survivre entre deux scrolls et un robotaxi qui muscle son flegme face à un accouchement sur la banquette arrière : sommes-nous à l’âge d’or d’une technologie conçue pour tout rendre plus fort, plus rapide… ou simplement plus conforme à la prochaine levée de fonds ? La semaine a accouché (littéralement) d’une ribambelle d’innovations où chaque promesse — révolution de l’apprentissage chez Turbo AI, confidentialités façon cryptographie militante avec Bluesky-Germ, yeux neufs à coup d’IoT avec Edenlux (Eyeary) — se confronte à la réalité bien moins lisse de l’humain et de ses limites, faille que la Silicon Valley peine encore à combler.
Prenons Turbo AI : la formidable machine à « efficacité virale » promet enfin à l’étudiant débordé de survivre aux amphis tout en générant quiz, podcasts ou rapports adaptés au consulting d’un médecin insomniaque. Cette nouvelle vague EdTech, qui fait du compromis son étendard — ni tout-AI ni tout-humain — semble pourtant calquée sur l’agilité cynique de l’entrepreneuriat deux-zéros : on surfe intensément sur la tension entre utilité, adoption, et monétisation, et surtout, on muscle son storytelling pour rassurer investisseurs… ou acheter du temps avant d’être débordé par la concurrence (coucou Granola et YouLearn). Pendant ce temps, la diversité entrepreneuriale subit son ralentissement programmé : l’expérience TxO, initiative d’a16z qui voulait faire émerger les voix hors-normes de la tech, se termine. Changement de capitaine, fin du batch, et on range la banderole inclusive au placard, en espérant un prochain reboot plus rentré dans les cases du modèle dominant.
C’est là toute l’ironie : alors que tout promet de s’améliorer (éducation, diversité, intimité numérique), la société elle-même muscle ses défenses — parfois contre ses propres utilisateurs. Faut-il encore faire confiance à la technologie pour nous protéger, alors que la donnée personnelle s’échange façon liquidation judiciaire ? L’affaire Google-ICE (fouille de données express, sans juge… et sans gêne) illustre cruellement les limites de la promesse inclusivité & privacy by design : pas besoin de procès pour transmettre vos moindres secrets, pas besoin de notice technique pour reléguer la confidentialité à un argument marketing, pendant que les défenseurs du net s’offusquent — dans le vide — de ce nouveau fast-food du partage de métadonnées.
La tech muscle tout sauf le sens commun et la mémoire collective de ses échecs.
Le coup d’œil se muscle et le regard porte loin, jusqu’aux étoiles (ou à la Bourse, ce qui est souvent la même chose…). SpaceX s’apprête à transformer la conquête spatiale en foi boursière absolue, pendant que l’Inde pose ses propres rivalités orbitales sur la table, EtherealX en tête, avec pour unique manne la réutilisation ultime et la disruption… de la disruption elle-même. Mais à mesure que la technologie muscle ses exploits — IPO records, moteurs hot-fire, révolutions à gogo — persiste la fragilité humaine : celle du passager obligé d’accoucher dans un robotaxi déshumanisé (merci Waymo), du militant dont la vie numérique tient à un clic de Google, ou de l’étudiant qui révise ses examens seul face à une IA, plus souple que le doyen mais moins solidaire qu’un pair réel.
La technologie promet de tout muscler : nos agendas, nos yeux, nos chances de réussite, notre accès à l’espace, notre vie privée — mais à force de s’automatiser, ne perd-t-on pas le muscle le plus utile : celui de la méfiance, du doute, du lien, et finalement, du choix ? Le numérique, décentralisé ou pas, inclusif ou pas, recyclé ou pas, n’effacera jamais l’imprévu du monde, ni l’ironie permanente de vouloir tout contrôler… sauf la prochaine crise existentielle — ou la prochaine contraction imprévue.




