De l’industrie sans filet à l’illusion de l’omniscience : que reste-t-il à l’humain à l’ère de l’assurance technologique ?

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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De l’industrie sans filet à l’illusion de l’omniscience : que reste-t-il à l’humain à l’ère de l’assurance technologique ?

Il y a quelque chose de particulièrement ironique à voir l’État britannique voler au secours de Jaguar Land Rover, géant industriel qui, faute d’avoir assuré son infrastructure numérique, se retrouve propulsé au rang de symbole d’une économie incapable de tenir debout face à la réalité cyber. Ce que cache l’averse de milliards lâchée par le contribuable, c’est moins la solidarité envers des emplois menacés que l’acceptation tacite du fait accompli : on peut engranger des profits record tout en négligeant la prévention numérique… et finir récompensé par l’argent public. Sommes-nous vraiment si loin du capitalisme de casino ? La roulette tourne, les uns raflent la mise, les autres paient les pots cassés. Mais cette logique du « no risk, all reward » ne s’arrête pas à l’automobile : elle infuse l’ensemble du tissu technologique contemporain.

Car sitôt qu’on quitte le parking JLR, la route mène tout droit à la Silicon Valley, où l’on remarque une nervosité inédite autour de la régulation de l’intelligence artificielle. Que des anciens ingénieurs comme Alex Bores s’attirent la foudre de PACs vitaminés aux millions d’OpenAI, Palantir et consorts pour avoir osé suggérer un soupçon de transparence, en dit long sur le rapport déséquilibré entre démocratie et intérêts privés. Silicon Valley n’investit pas dans la cybersécurité collective, mais verse des fortunes dans la sécurisation de son pouvoir politique, tout en prônant l’innovation au service du peuple. Un peuple qui, dans la réalité, commence à ressembler à une variable d’ajustement du business-model algorithmique.

Ce divorce entre le citoyen et la décision collective se niche aussi dans la manière dont on tente de réinventer le recrutement, cette fois-ci sous la bannière de l’IA vocale façon Mappa. Fini les entretiens old school ! Désormais, l’entreprise du futur promet de détecter en une minute chrono la compatibilité profonde des individus avec la machine-entreprise. Mais cet espoir d’optimisation scientifique n’est-il pas, paradoxalement, le revers exact de la désinvolture affichée par Jaguar Land Rover ? Ici aussi, on externalise la responsabilité : on remet son sort à un automate — ou bien, on compte sur l’État pour rattraper ses propres lacunes. Le tout sur fond de diversité affichée et de biais réduits, mais toujours selon les critères fixés par l’algorithme dominant.

La technologie promet de réparer les fautes humaines, mais qui assumera les conséquences quand la machine se trompera… ou qu’elle sera piratée ?

Pendant ce temps, ce sont les ex-stars des labos IA — LeCun, Fei-Fei Li, ou les têtes couronnées de Humans& — qui raflent la mise, promettant une intelligence généralisée qui saura raisonner, planifier, apprendre du réel. Les investisseurs misent désormais moins sur les produits que sur les CV, sur l’aura des « anciens de Meta » ou d’OpenAI plutôt que sur l’innovation concrète. Faut-il s’étonner, alors, que Runway reçoive une pluie de dollars pour générer des mondes virtuels en 4K, ou que les mêmes fonds financiers misent sur toute « dream team » capable de lever trois slides et deux NDA ? Derrière le storytelling du progrès, c’est une bulle spéculative nourrie par la peur de manquer la prochaine vague et l’envie de contrôler la normalisation à venir qui enfle chaque semaine davantage.

À l’arrivée, la boucle est bouclée : être un géant en 2026, c’est externaliser ses vulnérabilités, acheter son immunité politique, recycler d’anciennes stars en prophètes du monde d’après, et vendre à l’humanité des dispositifs censés réparer les maux que l’industrie tech a elle-même créés. La société de demain sera-t-elle donc une immense salle d’attente — garantit par l’État, optimisée par la Valley, animée par des IA qui modélisent tout sauf la vulnérabilité humaine ? Ou bien verrons-nous enfin advenir l’ère promise d’une alliance vertueuse où l’investissement, la régulation, la prévention et l’humain forment un contre-modèle — non pas piloté de l’extérieur, mais réfléchi collectivement ?

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