“Si tu veux décrocher la lune, commence déjà par envoyer du Doliprane sur orbite !” C’est un proverbe qu’on vient d’inventer, mais qui aurait fière allure sur le bureau de Will Bruey, le PDG de Varda Space Industries. Son rêve ? Voir tomber du ciel non pas des météorites, mais des capsules de médicaments tout droit sorties de laboratoires spatiaux. D’ici dix ans, on pourrait bien observer des travailleurs nocturnes fixer le ciel, smartphone à la main, pour filmer la prochaine cargaison de pilules interstellaires.
Il faut dire que Bruey n’est pas tombé de la dernière fusée. Engranger les victoires improbables : il connaît, après avoir vu SpaceX rendre les fusées aussi fréquentes que les bus franciliens. Quand on lui parle de vaisseaux spatiaux réutilisables ou de medicines voyageant en orbite, il hausse les épaules : « Futuriste ? Peut-être, mais rendez-vous dans 15 ans ! »
Et Varda, c’est du concret. Après des déboires réglementaires dignes d’une mauvaise série Netflix, la start-up a récupéré en 2024 sa précieuse capsule W-1 du cosmos, contenant des cristaux de ritonavir… en ayant rejoint l’élite, aux côtés de SpaceX et Boeing, de ceux qui ont déjà réussi ce genre de livraison. Les capsules, 90 centimètres de technologie made in “space dustbin”, viennent d’ailleurs d’enchaîner leur cinquième mission. Oui, Varda envoie littéralement des poubelles dans l’espace – mais il y a des trésors à l’intérieur !
En voulant simplement fabriquer des bonbons dans l’espace, Varda pourrait bien révolutionner l’industrie pharmaceutique – et celle du lancement spatial par accident.
Mais pourquoi diable aller cristalliser des médicaments en orbite ? Parce que la microgravité, c’est le spa du médicament. Là-haut, plus de sédimentation qui gâche votre structure, plus de terre à la gravité envahissante : on obtient des cristaux plus purs, plus stables, avec une meilleure durée de vie. Bref, la crème de la crème pour nos pilules du futur. Bien sûr, il ne faut pas être pressé : la fabrication prend des semaines, et le retour sur Terre se fait à Mach 25, avec une capsule plus brûlée qu’un barbecue du 15 août, mais parachutée en douceur dans le désert de l’Utah.
Ce qui intrigue (et fait tiquer) chez Varda, c’est la différence subtile mais déterminante : ici, pas de quêtes de nouvelles molécules. On revisite simplement la carte des grands classiques pharmaceutiques… en version « cuites dans l’espace ». D’autres comme Merck ou Bristol Myers Squibb expérimentaient déjà sur la Station Spatiale ; Varda veut juste transformer cette cuisine étoilée en chaîne industrielle à livraison express.
Et pourquoi maintenant ? Les fusées sont devenues régulières, quasi en libre-service si vous avez la carte illimitée SpaceX, et les modules “satellite bus” se commandent comme des Lego. Résultat : plus besoin d’attendre la bonne étoile pour réserver sa place à bord. Mais attention, seules les molécules à plusieurs milliers d’euros la dose valent encore le coup. On salue la rentabilité cosmique.
Le vrai secret sauce de Varda, c’est la fameuse “théorie des sept dominos” de Bruey : à chaque palier franchi (fusées réutilisables, médicaments ramenés sur Terre, essais cliniques…), la demande de lancements explose – et fait, par ricochet, baisser les coûts pour tout le monde, du satellite 5G au fil optique spatial. Un effet boule de neige (ou de pilule), capable d’entraîner l’industrie avec lui. Bref, Varda veut que lancer des trucs en orbite devienne aussi banal qu’envoyer un colis depuis la Poste de Trouville !
Mais l’aventure a bien failli s’arrêter, capsule bloquée six mois autour de la terre, faute d’accord pour la faire redescendre. Pas faute de volonté : entre la FAA, l’Utah Test Range (plus branché essais de missiles que cachets pour grand-mère) et des formalités jamais vues, Varda a dû réinventer la paperasse spatiale. À force de persévérance et d’un zeste d’impro, bam : atterrissage réussi en février 2024.
Mieux : les tests de rentrée à Mach 25 ont bluffé également l’US Air Force, et Varda s’est découvert un business secondaire : prêter leurs capsules pour tester à haute vitesse les nouveaux matos militaires, là où même les souffleries les plus chères n’y arrivent pas. Si l’avenir des médicaments cuits à point reste encore à valider, Varda a déjà levé 329 millions, de quoi ouvrir un laboratoire de cristallisation spaciale et rêver plus grand (anticorps, big pharma, et tout le bazar).
Vous pensiez que les histoires de capsules dans l’espace étaient farfelues ? C’est peut-être le cas… jusqu’à ce que le labo du futur vous livre votre prochain traitement à la vitesse d’une étoile filante. En attendant, la prochaine fois que vous jetez une pilule à la poubelle, souvenez-vous : les plus précieuses iront peut-être faire un (petit) tour dans la galaxie avant d’atterrir chez vous ! Space trash ? Non, space cash !
Source : Techcrunch




