Pourquoi le secteur de la cybersécurité, aussi dynamique soit-il, semble-t-il condamné à voir ses startups se faire avaler par des géants plutôt que de conquérir la bourse ? L’annonce du rachat de Wiz par Google pour 32 milliards de dollars, un fleuron censé incarner la réussite indépendante dans la tech, a jeté une lumière crue sur une tendance qui s’ancre depuis plusieurs années. La question se pose : qu’est-ce qui peut encore motiver une entreprise à tenter l’aventure des marchés publics dans un écosystème aussi vorace ?
En scrutant les douze derniers mois, rares sont les sociétés de cybersécurité ayant osé lever le voile sur leur capital via une IPO. SentinelOne en 2021, Rubrik en 2024 : voilà deux exceptions dans un océan de deals privés et d’acquisitions spectaculaires. Mais une nouvelle tentative pointe pourtant à l’horizon : Netskope, entreprise californienne vieille de treize ans, prépare son entrée en bourse avec, en coulisse, le soutien massif du VC Lightspeed Venture Partners. Est-ce le signe d’un retour de flamme pour les IPO dans la cybersécurité ou seulement une parenthèse au sein d’un marché toujours dominé par le private equity ?
Lightspeed, qui détenait 23,9% de Rubrik au moment de son introduction à 6,6 milliards de dollars, détient aujourd’hui près de 19,3% de Netskope. Le fonds, qui avait investi dès 2013 lors de la série B, s’apprête à réaliser un gain potentiel d’1,1 milliard de dollars si la valorisation de Netskope atteint les 6,5 milliards visés. Ses co-investisseurs principaux ICONIQ Growth et Accel se partagent eux aussi une part conséquente du gâteau. Ces stratégies actionnariales ne laissent-elles pas certains fondateurs dans l’ombre de leurs investisseurs, à l’heure de la maturité boursière ?
Les sorties en bourse dans la cybersécurité sont devenues l’exception, pas la règle, chaque IPO étant scrutée comme un test pour tout un secteur.
Netskope, spécialisée dans la sécurité cloud (SASE), vise à rivaliser avec des poids lourds comme Zscaler ou Palo Alto Networks, tout en accumulant levées de fonds et dettes convertibles à un rythme soutenu. Malgré une valorisation historique de 7,5 milliards lors de sa série H en 2021 et un financement de 401 millions de dollars via des notes convertibles en 2023, l’entreprise n’a toujours pas franchi le cap de la rentabilité. Peut-on imaginer une trajectoire différente pour Netskope alors que son déficit s’élève à près de 169,5 millions, même si ses revenus progressent fortement ?
La réalité que montrent les chiffres est celle d’un marché où les IPO se font souvent à des valorisations inférieures aux tours privés précédents. Si Netskope s’introduit à 6,5 milliards, elle viendra s’ajouter à une liste de sociétés – Chime, Hinge Health – qui ont dû ravaler leurs ambitions en franchissant la porte du Nasdaq. Pourtant, côté pile, d’autres comme Figma ou Circle ont brillé dès le premier jour de cotation. S’agit-il là d’exceptions ou d’une nouvelle normalité à l’ère post-ZIRP ?
Dans ce contexte, Netskope joue-t-elle sa carte au bon moment ou devient-elle, malgré elle, le baromètre d’un secteur qui se cherche encore entre innovation, hypercroissance, et retour sur investissement ? L’appétit des investisseurs en capital-risque justifie-t-il à lui seul ce retour (timide) des IPO tech, où le risque de décote semble désormais accepté et banalisé ? L’exemple de Rubrik, et plus largement la prudence des sociétés financées par VC, témoignent-ils d’une nouvelle sagesse ou d’un désenchantement durable envers la bourse ?
En définitive, ce nouvel essai de Netskope donnera-t-il le ton pour d’autres géants de la cybersécurité, ou bien marquera-t-il une autre déception pour l’ensemble des startups du secteur ?
Source : Techcrunch




