Comment une jeune startup de la robotique, à peine sortie des balbutiements, peut-elle convaincre les investisseurs de risquer un milliard de dollars sans promettre la moindre sortie commerciale à court terme ? Le cas de Physical Intelligence, à San Francisco, pose cette question brûlante. Pourquoi suscite-t-elle un tel engouement alors que son projet reste encore nimbé de mystère et de promesses ?
Selon Bloomberg, Physical Intelligence serait en pourparlers pour une levée de fonds record d’environ un milliard de dollars, ce qui porterait sa valorisation à plus de 11 milliards, doublant ainsi sa valeur en seulement quatre mois. Pourquoi cette accélération fulgurante ? Qui sont les acteurs prêts à miser aussi gros sur l’avenir, alors que la rentabilité n’est toujours pas à l’ordre du jour ? Founders Fund et Lightspeed Venture Partners seraient sur les rangs, avec Thrive Capital et Lux Capital déjà de la partie. Mais sur quoi misent-ils réellement ?
Lors d’une rare incursion dans les locaux de l’entreprise, TechCrunch a rencontré Sergey Levine, cofondateur de l’entreprise. Lui-même présente Physical Intelligence comme la version robotique de ChatGPT, une intelligence capable de manipuler le monde physique avec la même aisance que certains logiciels manipulent le langage. Est-il possible de développer une IA généraliste, qui permettrait à un robot de plier du linge le matin et de peler des légumes l’après-midi ? Qu’est-ce qui différencie vraiment cette promesse de celles du passé dans la robotique, souvent déçues par la complexité du monde réel ?
Une course effrénée à la valorisation s’accélère, tandis que la perspective d’un produit reste floue.
Pourtant, ce qui étonne encore plus, c’est l’attitude de Lachy Groom, un autre cofondateur. Il assure à TechCrunch qu’aucune échéance de commercialisation n’est fixée. Est-ce un luxe réservé aux startups d’élite, ou au contraire, une prise de risque calculée au vu des potentiels retours ? Les investisseurs, eux, semblent imperturbables—voire enthousiastes—face à l’idée de continuer à arroser le projet sans contrainte de temps, convaincus que « plus on met de puissance de calcul, plus on frôle le Graal ».
Cette stratégie, radicalement opposée à celle des startups classiques qui cherchent rapidement à démontrer leur viabilité, intrigue. À quoi reconnaît-on les véritables visionnaires des simples adeptes de la « hype » ? Une chose est sûre : la somme de talents ex-DeepMind recrutés et la discrétion de la roadmap attirent la Silicon Valley tout entière. Mais n’est-il pas risqué de parier autant sans savoir si le produit saura un jour dépasser la phase de prototype ?
Au final, la nouvelle ruée vers l’IA robotique ressemble à une nouvelle bulle, alimentée par des promesses de lendemains technologiques radieux. Reste à voir si Physical Intelligence saura transformer ses milliards virtuels en une véritable révolution robotique. À l’heure où rien n’est encore tangible, ne faut-il pas s’interroger sur la limite entre ambition et spéculation ?
Source : Techcrunch




