Peut-on réussir dans le business du sport féminin sans gagner sur le terrain ? Cette question hante la Silicon Valley, depuis que l’Angel City FC—malgré une saison sportive décevante—fait la une des études de cas à Harvard et inspire les investisseurs les plus en vue. Comment ce club de football, cofondé à Los Angeles en 2020 par la célèbre capital-risqueuse Kara Nortman, a-t-il su transformer des défaites sportives en victoires économiques ? Et plus largement, le modèle innovant d’Angel City est-il un mirage ou bien la preuve que les codes de l’investissement sportif sont en train de changer ?
Derrière les strass, la frustration : 11e sur 13 équipes à la fin d’une saison morose, Angel City ne brille pas par ses performances sportives. Pourtant, la vraie révolution semble ailleurs. Grâce à un aréopage d’actionnaires ultra-médiatiques — Natalie Portman, Serena Williams, mais aussi des entrepreneurs et investisseuses —, le club déchaîne le buzz. Mieux, il explose les compteurs de partenariats commerciaux avant même d’avoir touché un ballon. Qu’est-ce qui les distingue de toutes les autres franchises sportives ? Est-ce simplement une histoire de storytelling, ou y-a-t-il une stratégie cachée ?
« Nous sommes passés de zéro à 30 millions de dollars de revenus, nous avons rempli le stade, nous avons fait ce que tout le monde croyait impossible », confie Kara Nortman lors d’une interview. Peu à peu, le succès commercial d’Angel City remplace l’obsession traditionnelle des titres par une quête de rentabilité jamais vue dans le sport féminin. Ce constat accouche d’un fonds d’investissement inédit : Monarch Collective, doté de 250 millions de dollars, qui vise exclusivement les opportunités du sport féminin, que ce soit au sein d’Angel City ou bien dans trois autres clubs de la National Women’s Soccer League, voire en Allemagne chez le FC Viktoria Berlin.
Le sport féminin, nouveau terrain de jeu de la tech et du capital-risque, réinvente toutes les règles classiques d’investissement.
Mais l’engouement actuel est-il durable ou simple feu de paille ? Nortman ne cache pas son angoisse face aux soubresauts historiques du sport féminin, rappelant qu’en 1920, 60 000 spectateurs à Liverpool ont assisté à un match de football féminin… avant que la fédération ne l’interdise et ne fasse disparaître le mouvement pour des décennies. Sa martingale : dépasser la hype des stars pour enraciner la croissance grâce à une implication opérationnelle en profondeur et un soutien crédible à l’infrastructure, la gouvernance et le fonctionnement quotidien des équipes.
C’est là que Monarch prend le contrepied du venture capital classique : focus sur moins d’équipes, mais implication totale, main dans la main avec les propriétaires, pour viser à terme la rentabilité opérationnelle – tout en se positionnant pour capter les marges croissantes des droits médias. Ce pari s’étend déjà au-delà du football, et vise aussi le basket, le golf, ou le tennis… à condition qu’il existe déjà une communauté de supporters et une audience média solide. Faut-il dès lors y voir un changement de paradigme pour tout l’écosystème du sport ?
Les investisseurs suivent : Melinda French Gates, anciens cadres de Netflix… et surtout, le fonds Monarch a levé bien au-delà des attentes initiales, poussé par l’explosion de l’intérêt pour le sport féminin catalysé par des phénomènes tels que la montée fulgurante de la basketteuse Caitlin Clark. S’agit-il d’un effet de mode, ou la preuve que l’économie du sport féminin arrive enfin à maturité ?
La question reste cependant de savoir si ce souffle nouveau va s’inscrire dans le temps. Pour Nortman, seul un écosystème robuste, mêlant gouvernance solide, propriétaires engagés et investissements structurels, pourra éviter les retours en arrière. Mais combien d’entrepreneurs et d’investisseurs auront la patience et la rigueur pour transformer l’éphémère en durable ?
En fin de compte, alors qu’Angel City inspire une vague de femmes propriétaires et que des ligues comme la NWSL ou la WNBA séduisent médias et sponsors, le test ultime reste à venir. Les projecteurs actuels sont-ils le prélude à une croissance durable du sport féminin, ou une simple parenthèse dorée vouée à se refermer ?
Source : Techcrunch




