Une planète sans secrets, est-ce vraiment ce que nous désirons ? Cette interrogation s’impose à la lecture des récentes déclarations de Peter Diamandis, fondateur de la Xprize Foundation, qui rejoint le cercle grandissant des patrons de la tech plaidant pour une « surveillance globale ». Mais qui sont ces visionnaires qui voient dans la transparence totale la clé d’un avenir meilleur, et quelle société sommes-nous en train de façonner sous leurs auspices ?
Sur X (ex-Twitter) et dans un billet Substack, Diamandis dresse un portrait futuriste : l’avènement d’une « transparence radicale » où plus aucun individu, aucune action, ne pourra échapper à la vigilance d’un écosystème de capteurs. Caméras domestiques, smartphones, voitures autonomes, drones, satellites… Aucun recoin de la vie quotidienne ne serait à l’abri de ce regard global. Est-ce un progrès inévitable ou simplement la résurgence 2.0 d’un Big Brother qui, cette fois, se voudrait bienveillant ?
Curieusement, Diamandis n’est pas isolé dans cette réflexion. Larry Ellison, fondateur d’Oracle, prônait déjà il y a près de deux ans une société plus vertueuse sous l’œil constant des dispositifs de surveillance. Quant à Will Marshall, PDG de Planet (opérateur du plus grand nombre de satellites d’observation), il va jusqu’à affirmer qu’« on ne peut plus se cacher ». Mais à quelles finalités ces propos nous invitent-ils vraiment, sinon à une transformation profonde du rapport à l’intimité et à la confiance ?
Un monde de transparence totale bouleversera-t-il à jamais notre notion de vie privée ?
Dans ce contexte, la réalité devance peut-être déjà la fiction. Les innovations technologiques nous cernent : caméras Ring dans les foyers, voitures Tesla bardées de capteurs, lecteurs de plaques automatisés à chaque coin de rue, et une surveillance publicitaire permanente via nos smartphones. Peut-on encore vivre incognito ? Pourtant, c’est sans détour que Diamandis annonce la fin du « off the record » et encourage, non sans provocation, les parents à inculquer à leurs enfants que « l’intégrité » devient la meilleure stratégie de confidentialité. Mais cette acceptation d’un monde sous surveillance traduit-elle une résignation ou une stratégie de gestion des apparences sous contrainte ?
Les citoyens, eux, ne semblent pas se soumettre sans question. À travers les États-Unis, certains couvrent de sacs-poubelle les caméras Flock pour protester contre la collecte massive de données utilisées — parfois à leur insu — par des agences fédérales. Le tollé contre les produits comme les lunettes connectées de Meta/Ray-Ban, et les plaintes en justice qui s’ensuivent autour de la question du respect de la vie privée, témoignent de la tension grandissante. Sommes-nous, en réalité, à l’aube d’une contestation de masse contre cette transparence imposée ?
Au-delà du discours, Diamandis n’apporte pas de réponses claires à une question essentielle : les gens se comporteront-ils mieux parce qu’ils sont fondamentalement altruistes ou simplement par crainte d’être surveillés ? Et qui décidera, en définitive, de ce qui est « bien » ou « honnête », alors que ces systèmes sont contrôlés par des entités technologiques aux intérêts particuliers ?
Diamandis vante la « neutralité » des outils technologiques, pourtant leur conception porte inévitablement les valeurs – et les biais – de ceux qui les créent. Alors, peut-on réellement parler d’une transparence bénéfique lorsque seuls quelques acteurs concentrent le pouvoir sur ses mécanismes et ses usages ? En explorant ces zones grises, il nous laisse une question cruciale en suspens : sommes-nous en train de construire une société plus honnête, ou plus docile et contrôlée que jamais ?
Source : Techcrunch




