Des likes en banque et des GPU sous contrôle : tech, attention et pouvoir, même combat

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Des likes en banque et des GPU sous contrôle : tech, attention et pouvoir, même combat

Il flotte dans l’air une impression de glissement accéléré : la techno ne se contente plus d’envahir tous nos usages, elle colonise nos poches, nos discussions, nos esprits… et, désormais, nos portefeuilles. Faut-il s’étonner de voir MrBeast transformer Step, la néobanque pour ados, en machine à cash pour Gen Z captivée par l’illusion du “swipe-to-earn” ? Ce n’est plus la finance qui régule l’économie de l’attention, mais bien l’inverse : le like devient crédit, et le fil de discussion, pipeline de prospects. Le banquier de demain n’a plus d’écharpe rayée, il porte un hoodie floqué d’un logo acidulé et promet des taux de fun jamais dévalués.

Pendant que les ados tentent de monétiser leur scrolling compulsif, le grand jeu des réseaux sociaux se déroule ailleurs : Threads et X s’écharpent sur notre dépendance mobile à la conversation numérique, laissant l’illusion d’un choix alors que tout converge vers une privatisation du flux de pensée. Qui règne sur le fil réclame aussi d’organiser le bruit – et donc de capter cette part d’attention monnayée qui fait tourner la machine à data, laquelle, in fine, alimente la faim des clouds et des IA géantes toujours plus voraces. On s’imagine spectateur de cette bataille, mais on se réveille produit : l’utilisateur mis en scène, son comportement valorisé, reconditionné, puis revendu à ses propres enfants sous forme d’abonnement bancaire ou de nouvelle app hype.

La boucle de l’innovation semble alors parfaitement close : ScaleOps nous promet de rationaliser chaque octet de calcul GPU, pour que l’IA – qui nous observe, nous éduque et parfois nous protège – coûte moins cher à ceux qui la déploient. Mécanisation magique : l’automatisation orchestre l’infrastructure, pendant que la créativité se métamorphose elle aussi sous les coups de boutoir de Claude Fable 5. Ici l’agent IA ne propose plus seulement d’aider mais d’exécuter, d’inventer, de produire, de remettre l’humain à sa place : spectateur d’une déferlante créative non sollicitée, générée en continu – le binge-watching version code et prose.

Un seul prompt suffit maintenant là où il fallait autrefois une armée de codeurs.

Mais que se passe-t-il quand chaque atome de la société techno est coordonné, polarisé, voire verrouillé par la main invisible de Nvidia ? Le géant des GPU investit et irrigue d’un même geste tout l’écosystème IA tout en s’assurant que la pompe à innovation ne fuit jamais hors du cercle restreint des élus du silicone – Nvidia, OpenAI, leurs incubés en série et leurs rentes en boucle close. Innovation ou stagnation en circuit fermé ? L’État, de son côté, choisit d’enrôler le privé, investissant les hackers (armés de souris payées cash) pour sauver la souveraineté numérique, non sans transformer la lutte anti-cybermenace en un jeu où la ligne éthique devient floue et la caution exorbitante. Qui seront les nouveaux super-héros du code ?

On aurait tort de penser que toutes ces histoires sont séparées : elles sont les facettes d’une même dérive – celle d’une technologie qui, à chaque mutation, promet de libérer et se contente de reconcentrer. Entre le grand casino de nos attentions, les nouveaux rituels de la finance instantanée, les guerres du fil et la militarisation du hacking, il ne reste plus qu’à choisir – non pas entre deux plateformes, mais entre deux futurs : celui où l’humain tâtonne encore face à la machine, et l’autre où il devient la variable d’ajustement, l’excès de code ou de créativité, que l’on moneye ou que l’on économise d’un simple clic. L’histoire s’écrit, mais qui tient la plume ?

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