De l’IA en Inde aux mammouths du Texas : le grand cirque techno mondial

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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De l’IA en Inde aux mammouths du Texas : le grand cirque techno mondial

Ce matin, dans la jungle numérique, tout le monde s’active à planter son drapeau sur une nouvelle frontière technologique. À l’Est, l’Inde fait les yeux doux à l’intelligence artificielle, alors qu’au Sud, l’Afrique rêve d’un smartphone à 40 dollars, et qu’au Texas, d’autres font pousser des mammouths sur fonds de science-fiction. Pendant ce temps, quelque part entre une ligne de code open source et un MVP qui plante à la première démo, l’arène du progrès fourmille d’acteurs prêts à croquer leur part de la disruption. Mais derrière la frénésie des “champs de bataille”, ne sommes-nous pas surtout les témoins d’un immense show où “inclusion”, “biodiversité” et “accès au savoir” servent tour à tour de mot-clé et d’alibi pour vendre – ou ressusciter – tout et n’importe quoi ?

Il est fascinant de voir s’opposer – ou s’imiter – les modèles de conquête. Là où l’IA américaine déploie son armada en Inde à coups de managers-clés et de tentatives d’alliance avec les géants locaux, la GSMA et les opérateurs africains jurent qu’un smartphone pas cher sera le sésame pour l’émancipation numérique du continent. Mais à bien regarder, on retrouve partout la même mécanique : il faut occuper le terrain, reconnaître que les modèles occidentaux ne s’y appliquent pas (sauf pour la monétisation, là tout le monde comprend) et promettre que l’innovation va (enfin) bouleverser le quotidien du plus grand nombre, pourvu que le fisc garde les mains dans ses poches et que les investisseurs, eux, gardent le portefeuille ouvert. Les différences locales, souvent brandies comme des obstacles ou des atouts, finissent par ressembler à des lignes de code copiées-collées avec de menues adaptations linguistiques.

Ce mimétisme se retrouve dans l’euphorie (ou la folie) entrepreneuriale, où il ne suffit plus de livrer une techno qui fonctionne : il faut aussi, à défaut de révolutionner la planète à prix coûtant, être prêt à ramener la biodiversité du Pléistocène sur le pas de nos portes – ou du moins, à lever des fonds comme si l’avenir de l’humanité dépendait du retour du dodo et du mammouth. Colossal, c’est l’exemple parfait de cette époque où la biotech se vend désormais à coups de storytelling rocambolesque et de “crédits de biodiversité” qui promettent d’égaler le Bitcoin, tandis que les fondateurs assument fièrement leur mégalomanie. Le grand cirque des deep tech, c’est aussi celui des concours de pitch et autres Startup Battlefield où tout MVP bringuebalant se rêve en nouvelle licorne, même s’il suffit surtout de convaincre un panel de jurés blasés que le bug, désormais, c’est l’authenticité.

Hier on rêvait d’accès universel au savoir, aujourd’hui on vend l’illusion de l’inclusion à la chaîne, et demain ?

Mais il existe encore quelques irréductibles qui résistent à la centralisation galopante. VLC, cet humble dinosaure du logiciel libre, reste un bastion où l’indépendance n’est pas un argument marketing, mais une philosophie d’usage. Son modèle open source, défiant la marchandisation forcenée du streaming, rappelle que la résistance, ce n’est pas toujours faire du neuf hors de prix, c’est aussi préserver un espace commun là où tout le reste se verrouille. L’open source survivra-t-il au bulldozer de l’IA, à la profusion de chaînes payantes et à la surenchère de gadgets inutiles ? Un doute subsiste, tant l’innovation, comme la nature, déteste le vide… mais adore le bruit.

Ainsi va la Tech, tiraillée entre l’utopie du “pour tous”, le business du “pour très peu”, et la quête effrénée du prochain eldorado—qu’il se trouve dans un marché émergeant, dans la carcasse d’un éléphant préhistorique, ou dans la simplicité d’un lecteur vidéo sans pub ni abonnement. Reste à savoir si, sous la promesse d’inclusion ou d’accès universel, il ne s’agit pas plutôt de cultiver de nouveaux terrains d’expérimentation—humains, économiques ou biologiques—où, dans l’ombre de chaque startup “disruptive”, plane toujours le même vieux rêve : verrouiller la porte, jeter la clé… et facturer l’entrée au prix fort.

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