Quelle place réelle occupent aujourd’hui les véhicules autonomes américains dans l’arsenal ukrainien, et que révèlent-ils des nouvelles guerres technologiques ?
Voilà neuf mois que plus d’une centaine d’ATV autonomes de la société américaine Forterra opèrent dans les zones de conflit ukrainiennes. C’est, selon l’entreprise, la plus vaste utilisation en combat d’engins autonomes au sol par une compagnie de défense US. Mais pourquoi ce déploiement massif n’a-t-il pas reçu autant d’attention médiatique que les drones aériens ? Est-ce par méfiance face à cette technologie ou parce que leur efficacité restait à prouver ?
Financées par le Département américain de la Défense, ces machines témoignent de l’effort US pour transformer sa propre armée tout en aidant l’Ukraine à résister à l’envahisseur russe. Si les drones volants ont, jusqu’ici, volé la vedette, les risques qu’ils instaurent (zones de non-droit, frappes éclair) ont convaincu Kiev de miser sur la robotique terrestre. Là encore, la question s’impose : ces véhicules terrestres autonomes sont-ils devenus incontournables pour la survie des combattants ? Et à quel prix ?
L’avenir de la guerre passera-t-il par une autonomisation totale du champ de bataille ?
Les chiffres, en tout cas, impressionnent : plus de 1 100 missions, 777 440 livres de matériaux transportés, près de 90 évacuations médicales réussies et des véhicules traversant plus de 2 500 miles en conditions de combat. Pourtant, comme le rappelle l’un des soldats ukrainiens interrogés (anonymement pour des raisons évidentes), les premiers retours n’étaient pas toujours positifs. Les prototypes venus d’Occident étaient parfois trop sophistiqués ou pas assez adaptés au terrain. C’est en ajoutant, par exemple, le système Starlink que les engins ont révélé tout leur potentiel. Mais combien de temps cette course à l’innovation pourra-t-elle se poursuivre ?
Forterra et ses concurrents (comme Scout AI ou Field AI) apprennent en direct, affrontant les limites actuelles de l’autonomie : pour l’instant, la plupart des ATVs sont pilotés à distance, faute de pouvoir réagir en temps réel à l’imprévu, aux menaces ennemies ou aux terrains minés. Des pertes matérielles sont déjà à déplorer sur le terrain, parfois simplement à cause de la boue. Peut-on alors parler de robots vraiment indépendants ? Et jusqu’où arrivera-t-on à concilier IA, robotique classique et instinct humain ?
Les experts militaires américains, eux, clament que « l’autonomie au sol est réalisable aujourd’hui » — mais à quel degré de fiabilité, d’autonomie réelle, de coût et de robustesse ? La visite de Scott Philips, directeur de l’innovation chez Forterra, sur le terrain a mis en lumière un paradoxe : certaines opérations restent manuelles, d’autres déjà automatisées par les soldats eux-mêmes. Pour les Ukrainiens de première ligne, le message est clair — « il nous en faut plus, et il les faut moins chers », car la perte de chaque unité, quoiqu’inévitable dans les conditions actuelles, crée un manque véritable. Si la chaîne logistique s’améliore, les attentes, elles, ne cessent d’augmenter.
Alors, la révolution des robots terrestres est-elle à portée de main, ou faut-il encore compter sur l’inventivité des combattants humains dans cette guerre sans répit ?
Source : Techcrunch




