WhatsApp, ou la petite mort de la spontanéité

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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WhatsApp, ou la petite mort de la spontanéité

On pensait que l’humanité avait atteint son zénith de fausse spontanéité avec les emojis, mais WhatsApp vient d’offrir une nouvelle corde sensible à l’arc de nos interactions : l’intelligence artificielle tapie dans nos claviers, cette fée du logis numérique rêvant de polir nos bafouilles et d’harmoniser nos échanges. Sous couvert de Writing Help, Meta n’accouche-t-il pas d’une messagerie qui sent la naphtaline du parfait ? Dans cette chevauchée vers la conversation « optimisée », la sincérité trébuche-t-elle sur la touche espace, éclipsée par le ghostwriter algorithmique ?

Voilà que la machine s’invite au cœur de l’intime, corrige, reformule et lisse l’aspérité de nos maladresses sociales. Les conversations, ces labyrinthes d’affects, doivent-elles dorénavant s’aligner sur la double exigence du « sans faute » et du « sans effort » ? Meta espère couper l’herbe sous le pied de ChatGPT, mais la frontière entre le soutien bienveillant et l’étouffement du style personnel devient aussi floue que les paramètres de confidentialité promis par le géant californien. Lorsque l’IA s’immisce entre les lignes, où commence l’aide et où s’arrête ce brin de naturel que l’on vante tant chez l’humain ?

Les nouveautés affluent comme une marée numérique : optimisation de l’espace de stockage, retouche photo façon Photoshop pour tous, migration facile d’un écosystème à l’autre, et multi-comptes à la sauce iOS. Chaque fonction est motrice d’une uniformisation galopante, transformant nos échanges en un grand jeu de Lego conversationnel. Derrière la magie de supprimer la tache disgracieuse sur la photo de famille ou de générer le sticker parfait dès l’emoji tapé, on finit par accepter que tout puisse être gommé, modifié, corrigé—jusqu’à notre propre authenticité.

Dans l’empressement à perfectionner la conversation, l’humain s’efface, laissant l’empreinte puissante mais stérile de l’IA.

Ce n’est plus seulement les images, mais notre langage, notre histoire, nos relations qui sont retouchés. Plus la technologie se fait accessible, plus elle se permet de décider, d’anticiper, d’adoucir. Les utilisateurs s’imaginent maîtres du jeu, alors qu’ils participent à cette course à l’innovation qui fait de la friction et de l’erreur des vestiges d’un passé déjà révolu. La question n’est pas de savoir si nous adopterons ces outils, mais si nous ressentirons encore le désir de parler véritablement ou si, saturés de perfection, nous n’aurons bientôt que des dialogues aussi propres que creux.

La tentation est grande de déléguer la spontanéité à l’algorithme, en croyant gagner du temps et de la diplomatie émotionnelle. Pourtant, à mesure que l’IA envahit le terrain du sensible, la technosphère joue à se prendre pour le grand dramaturge de notre quotidien. Peut-être est-il temps d’assumer nos fautes, nos silences et nos maladresses, au risque de retrouver une parole plus imparfaite, mais enfin vivante.

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