La grande purification (numérique) : gadgets, chaînes et super-apps dans un monde encrassé

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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La grande purification (numérique) : gadgets, chaînes et super-apps dans un monde encrassé

Pompons sur les moustaches et masques à gaz ajustés : l’utopie technologique s’acharne à vouloir réconcilier notre désir d’un monde propre et l’inévitabilité du chaos, qu’il s’agisse de poils d’animaux volants ou de fuites de données intercontinentales. Là où Levoit nous promet l’air purifié dans nos intérieurs jonchés de félins et canidés, le reste de la planète digitale suffoque sous la marée d’incertitudes – entre chaînes logicielles compromises à la Commission européenne, escalade du cyberespionnage étatique et goulets d’étranglement économiques chez Amazon.

Tout n’est-il alors qu’une question de filtres – ceux qui séparent l’odeur du chien mouillé de la promesse d’oxygène frais, ou ceux qui tentent, tant bien que mal, d’endiguer l’avalanche de spyware et de fuites de giga-octets ? Où l’on découvre que, pour survivre à l’ère numérique, il faudra choisir soigneusement non seulement ses purificateurs mais aussi ses mots de passe et, surtout, à qui l’on confie ses économies. La super-app financière façon Robinhood, censée clarifier nos comptes et nos humeurs, ne fait qu’étendre le nuage numérique dans lequel les maîtres officiels et ceux de l’ombre puisent leur puissance.

L’intégration est le nouveau mot d’ordre, qu’il s’agisse de rassembler nos poils récoltés dans un bac automatique, de concentrer nos investissements et crédits sous une seule bannière, ou d’aligner nos règles de sécurité en espérant ne pas finir aspirés dans un vortex réglementaire — ou pire, arbitraire. Mais plus la tech nous offre des solutions “intuitives” (de l’indicateur couleur au “pet mode” automatisé, du “lockdown mode” d’Apple à la super-app tentaculaire), plus la réalité se rappelle à nous : la moindre faille, qu’elle soit logistique, logicielle ou géopolitique, déchaîne des tempêtes bien plus toxiques que n’importe quelle odeur d’animal domestique.

Les géants veulent tout filtrer pour mieux contrôler — et chaque promesse de pureté en cache une d’aliénation.

Or, derrière cette sophistication spectaculaire, l’humain devient l’interface passive : tour à tour cible de ransomware quand il télécharge un script open source par routine, client captif d’une plateforme qui ajuste ses surtaxes au gré du pétrole, ou simple destinataire anxieux d’un SMS d’alerte Apple. Plus qu’un rêve de contrôle, c’est bien la dépendance qui s’installe : dépendance aux gadgets à entretenir (aussi bien votre purificateur qu’un outil de trading trop “intelligent”), dépendance aux règles changeantes édictées par ceux qui maîtrisent la chaîne, la data, ou le flux commercial mondial.

Le numérique n’est pas seulement ce qui promet une vie meilleure, plus “propre” ou plus transparente – c’est l’ultime faiseur de brouillard, où chaque crise, chaque innovation, chaque “mode” nouveau finit par rendre la frontière entre sécurité, liberté et dépendance toujours plus floue. L’avenir sera-t-il fait de super-apps où même nos aspirations à la simplicité sont monétisées, ou d’une défiance généralisée où, sous couvert de filtrer l’air ou l’information, seule persiste la lutte pour ne pas se faire avaler tout entier par la machine ?

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