Comment une jeune pousse britannique peut-elle rallier à elle aussi bien les géants du secteur automobile que les titans de la tech, tout en séduisant des investisseurs institutionnels du monde entier ? La dernière levée de fonds de Wayve, qui s’élève à 1,2 milliard de dollars – une somme colossale amenée à grimper jusqu’à 1,5 milliard si un partenariat avec Uber sur les robotaxis voit le jour – soulève bien des interrogations sur l’avenir de la conduite autonome et la place inédite qu’occupe Wayve dans cet écosystème.
Pourquoi autant d’engouement autour d’une startup fondée en 2017 ? De Microsoft à Nvidia en passant par Uber, sans oublier Nissan, Mercedes-Benz ou encore Stellantis, ils sont nombreux à miser sur la vision « contrarienne » d’Alex Kendall, PDG et cofondateur de Wayve. Est-ce uniquement leur approche technologique, sans cartes HD ni dépendance à un matériel spécifique, qui laisse rêveur l’industrie ? Ou bien est-ce l’agilité de leur modèle économique qui bouscule les règles du jeu ?
La véritable promesse de Wayve, c’est une intelligence artificielle capable d’apprendre à conduire à partir des données et non plus d’instructions programmées à la main ou de cartographie ultra-détaillée. Pourquoi personne d’autre n’avait osé miser sur cette méthode avant eux ? Et surtout, pourquoi maintenant ? L’entreprise propose ainsi deux produits : un système d’aide à la conduite avec le conducteur aux commandes, et une solution de conduite « yeux fermés » — comprenez, entièrement déléguée à l’IA, prête pour un usage en robotaxis ou voitures particulières autonomes dans des environnements sélectionnés.
La force de Wayve réside dans sa capacité à rester agnostique, à la fois matériellement et commercialement, défiant ainsi les standards du secteur.
L’une des grandes particularités de Wayve, c’est que la société ne veut ni exploiter elle-même une flotte de robotaxis, ni construire ses propres voitures comme Tesla. Son but ? Vendre son IA « incarnée » à tous ceux qui peuvent en avoir besoin : constructeurs, services tech, Uber. Ce pari sur l’universalité est-il la voie la plus prometteuse alors que d’autres s’enferment dans des écosystèmes propriétaires exigeants ?
La stratégie de développement repose aussi sur des alliances stratégiques. On note le partenariat de longue date avec Nvidia, dont la plateforme Drive AGX Thor propulse déjà la génération 3 de l’IA de Wayve, avec des promesses d’autonomie complète sur routes et autoroutes. Mais jusqu’où cette dépendance aux partenaires, aussi prestigieux soient-ils, laisse-t-elle Wayve maître de son destin ?
Sur le terrain, l’application est déjà une réalité : Nissan prévoit d’équiper ses véhicules du logiciel de Wayve dès 2027, tandis qu’Uber testera dès cette année des courses en conditions réelles à Londres. La promesse de Uber de généraliser ce partenariat à dix marchés mondiaux pourrait-elle faire de Wayve le véritable standard de l’industrie ?
Enfin, la diversité et la puissance de ses soutiens (fonds SoftBank Vision, Eclipse, investisseurs institutionnels globaux, et autres mastodontes de la vieille industrie) témoignent de l’immense potentiel entrevu dans cette IA « totalement agnostique ». Mais cette escalade de moyens financiers et d’ambitions internationales ne risque-t-elle pas, à terme, de précipiter la confrontation entre anciens et nouveaux acteurs de la mobilité autonome ?
Au final, si l’industrie converge pour investir massivement dans Wayve, une interrogation demeure : cette startup tiendra-t-elle ses promesses face à la complexité croissante de la conduite autonome, et pourra-t-elle imposer son modèle universel face à des géants aux stratégies parfois très différentes ?
Source : Techcrunch




