À l’ère où l’intelligence artificielle sème ses graines dans chaque recoin du quotidien, la vraie question n’est plus de savoir quand la « révolution » arrivera, mais sous quelle absurdité elle se déguisera aujourd’hui. De la Silicon Valley qui recycle à la chaîne ses ex-talents en licornes hyperventilées à l’Inde qui devient, bon gré mal gré, le bac à sable mondial de l’IA, la planète tech ressemble de plus en plus au dîner de cons version data centers. Tout se mélange : la mobilité électrique se rêve en centrale de gadgets et la machine à granité aspire à transformer votre cuisine en hub social digne d’un hackathon. Pendant ce temps, même les patrons de la tech se demandent si, à force de nourrir des IA, ils n’ont pas breveté leur propre obsolescence.
À la racine de ce délire perpétuel, l’effet OpenAI est fascinant : partout où ses ex passent, le dollar pousse. Anthropic naît d’une scission, puis recrée le même phénomène de dépendance, cette fois sous le signe de Claude et d’une transparence toute relative. À chaque outil censé nous « responsabiliser » face à notre usage des IA, on sent surtout pointer le syndrome du dealer bienveillant – tu veux suivre ta consommation ? Regarde comme tu en as tant besoin !. Dans ce théâtre des illusions statistiques, la question de la souveraineté numérique vire à un audit psychiatrique déguisé. Anthropic, Google hier avec Gmail Meter, tous promettent la libération par la lucidité – mais qui garde réellement les clés, sinon le prestataire ?
Et l’adoption ? Elle explose, évidemment, surtout là où la jeunesse rêve d’ascenseur social… sur ascenseur algorithmique. L’Inde digère l’IA à tous les étages, ChatGPT en chef de bande. OpenAI déroule son tapis rouge à Mumbai et Bengaluru, mais au fond, qui expérimente qui ? Ceux qui forment cent mille étudiants à l’IA ou ceux qui formatent cent millions de futurs clients à coups de « soft power » logiciel et de projets « vertueux » ? Même les pourvoyeurs alternatifs battent tambour pour des plateformes plus « neutres » et « indépendantes » ; mais la neutralité, dans la nouvelle guerre des API, c’est surtout l’art subtil de renommer son hameçon.
Le vrai miracle de l’IA, c’est d’avoir transformé le mot “autonomie” en synonyme branché de “dépendance sous stéroïdes”.
Pendant ce temps, sur la scène du grand Monopoly industriel, la voiture électrique cherche son âme et l’entreprise, son bouc émissaire. Il n’est plus question de simples batteries ou de voitures branchées, mais bien d’une électrification du storytelling : « c’est la faute de l’IA, si on licencie/enchante/industrialise/disrupte, pas la nôtre ! ». L’évoqué GM, la mise en scène de SpaceX, ou la tragicomédie de Ferrari et de leurs audiences désabusées : tous surfent sur l’intelligence artificielle comme sur une planche de salut, ou d’alibi, selon le vent financier.
À force de voir l’IA tout expliquer, excuser et diffuser, la technologie court le risque de ne plus rien signifier – sauf peut-être le triomphe du produit sur son utilisateur, et du gadget sur le sens. Mais est-ce vraiment si nouveau ? La tech vend des solutions à des problèmes dont elle est la source éternelle ; la plupart des innovations ressemblent aux verres bicolores du Slushi Twist : spectaculaires, rafraîchissants, mais impossibles à finir sans mal de ventre. À vouloir tout automatiser – codage, carrière, cocktail, crise et communication – l’humain s’efface derrière la fonction “rinçage” automatique. Et l’ultime pirouette serait alors… de nous vendre, comme révélation, la lucidité rétrospective sur notre propre détachement.




