Un data center dans l’espace : rêve lointain ou prochaine révolution numérique ? Quand une start-up comme Starcloud parvient à atteindre le statut de licorne moins de deux ans après Y Combinator, cela signifie-t-il que l’avenir du calcul intensif se joue désormais hors de notre planète ?
Starcloud, toute fraîchement valorisée à 1,1 milliard de dollars avec une levée de fonds spectaculaire de 170 millions en série A menée par Benchmark et EQT Ventures, s’est immédiatement imposée comme l’une des entreprises les plus rapides à accéder au cercle convoité des licornes dans le secteur du “space compute”. Mais l’engouement des investisseurs cache-t-il une réalité technologique bien plus difficile ? Et que dit cet empressement à placer des centres de calcul en orbite sur l’urgence – ou la saturation – de ceux bâtis sur Terre ?
Sur le plan factuel, Starcloud avance vite : lancement réussi d’un premier satellite équipé d’un GPU Nvidia H100 fin 2025, lancement imminent d’une version boostée (Starcloud 2) dotée de multiples puces et même d’un ordinateur dédié au minage de bitcoins. Surtout, l’ambition ne s’arrête pas là : Starcloud 3, data center spatial conçu pour la fusée Starship de SpaceX, promet 200 kilowatts de puissance et trois tonnes d’électronique compactées dans un “distributeur” façon PEZ pour satellites Starlink. Le tout avec la promesse—si le coût de lancement commerciale baisse à 500 dollars le kilo—de devenir enfin concurrentiel face aux mastodontes informatiques terrestres.
À l’heure où le secteur se structure, la faisabilité technique et la rentabilité de l’informatique spatiale posent encore d’immenses défis.
Mais faut-il croire à ce scénario, alors que Starship n’a pas encore pris son envol commercial et que Philip Johnston, fondateur de Starcloud, table déjà sur une ouverture du marché… en 2028 ou 2029 ? Qu’adviendra-t-il si SpaceX prend du retard ? Johnston l’admet : l’équation économique ne tiendra pas avant plusieurs années, tant les volumes massifs de lancement sont nécessaires pour abattre les coûts et rivaliser avec la puissance de calcul terrestre.
Qu’en est-il de la concurrence ? Des acteurs comme Aetherflux ou Aethero, ainsi que le Projet Suncatcher de Google, fourbissent eux aussi leurs armes dans une course à l’armement technologique où seule une poignée de GPU sophistiqués, encore très rares dans l’espace, sont à l’œuvre. Et dans un secteur où Nvidia écoule déjà plus de quatre millions de puces H100 par an auprès des hyperscalers terrestres, l’espace ne compte jusqu’ici que quelques dizaines de GPU réellement déployés et opérationnels en orbite.
Se pose alors la question de la crédibilité industrielle : refroidir des puces en apesanteur, générer de l’énergie solaire efficace et synchroniser des milliers de GPU pour de gigantesques tâches d’entraînement IA… ces prouesses techniques sont-elles vraiment à portée de main ? Starcloud admet avoir déjà perdu un GPU lors d’un lancement, et s’attelle à concevoir de vastes radiateurs déployables. Mais l’histoire de toute industrie, c’est aussi celle de ses échecs d’apprentissage.
L’autre géant reste dans l’ombre : SpaceX, qui a déjà l’autorisation de bâtir un réseau satellite pour le calcul distribué massif. Johnston, lui, préfère parler de complémentarité : Starcloud vise l’infrastructure et l’énergie, SpaceX se concentre pour l’instant sur ses propres intérêts (Grok, Tesla). Peut-il y avoir cohabitation ou sommes-nous à l’aube d’un long bras de fer ?
En définitive, investir des milliards dans des datacenters spatiaux relève-t-il d’une vision audacieuse ou d’un pari encore trop risqué sur une technologie immature et une économie de lancement incertaine ? Le grand calcul de l’IA spatiale ne fait que commencer… mais qui, parmi ces pionniers, en sortira vraiment gagnant ?
Source : Techcrunch




