La géothermie serait-elle sur le point de devenir la grande surprise de la transition énergétique ? Si l’on en croit les chiffres de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), son potentiel brut dépasse de loin nos besoins actuels. Pourtant, pourquoi reste-t-elle éclipsée face aux technologies nucléaires avancées, malgré ses atouts considérables ?
Regardons de près : alors que les investissements se ruent vers la fusion ou la fission nucléaire, les financements dans la géothermie semblent modestes. Mais un détail attire l’œil : la levée de fonds de 19 millions de dollars par la startup américaine Critical Energy. Quelle faille tentent-ils donc de combler dans l’industrie ? Leur pari : fabriquer des turbines modulaires conçues spécifiquement pour des centrales géothermiques, alors que ce marché souffre d’une pénurie chronique d’équipements adaptés.
La compétition avec le nucléaire pourrait-elle tourner à l’avantage de la géothermie ? Les promoteurs du secteur annoncent fièrement qu’avant que les réacteurs de fusion ne soient opérationnels, la géothermie pourrait déjà fournir des gigawatts d’énergie propre. Spencer Jackson, le PDG de Critical Energy, affirme que dans cinq ans à peine, sa société espère produire plusieurs gigawatts par an. Faut-il donc s’attendre à une bascule rapide de ce secteur longtemps sous-estimé ?
La géothermie avance discrètement, mais pourrait bouleverser la donne énergétique bien plus tôt qu’on ne le croit.
Un autre aspect, et non des moindres, est la croissance exponentielle des besoins en électricité, notamment pour les centres de données. Selon une récente étude, la géothermie avancée pourrait alimenter près des deux tiers des nouveaux data centers d’ici 2030. Alors, la dépendance numérique va-t-elle pousser les géants de la tech à soutenir cette filière ?
Cependant, un obstacle industriel subsiste : la fabrication de turbines adaptées. Actuellement, beaucoup de projets doivent patienter des mois, voire des années, pour obtenir de grosses turbines assemblées in situ. Critical Energy, grâce à l’expérience spatiale de son fondateur (passé chez SpaceX), mise sur une stratégie d’industrialisation en usine, rapide et moins onéreuse. Ces turbines, conçues comme de petits moteurs de fusée, pourraient-elles changer les règles du jeu ?
Le premier site équipé de cette technologie devrait entrer en service en 2027, suivi d’un module encore plus puissant à destination des sociétés spécialisées en géothermie profonde telles que Fervo Energy. D’ici le début des années 2030, l’ambition affichée est claire : industrialiser la production de turbines pour fournir des gigawatts au réseau, et viser la barre des 300 GW par an en 2045. Un objectif surréaliste ou prochaine étape logique ?
Le secteur pétrolier pourrait-il accélérer l’essor de la géothermie ? L’expérience de ces industriels en matière de forage massif serait un atout. Mais encore faut-il un approvisionnement suffisant en turbines – ce qui semble, pour l’instant, le talon d’Achille de la filière. Faut-il parier sur l’arrivée des géants du pétrole pour transformer l’essai et faire de la géothermie la nouvelle star de l’énergie propre ?
La levée de fonds de Critical Energy, avec le soutien de firmes de capital-risque et de Silicon Valley Bank, est-elle le signal de départ d’une nouvelle ruée vers la géothermie ? À quand le véritable décollage de ce secteur ?
Source : Techcrunch




