La fusion nucléaire va-t-elle enfin révolutionner l’énergie mondiale, ou sommes-nous encore à des décennies d’une promesse qui s’effrite avec le temps ? Dans l’univers compétitif et ultra-financé des startups de la fusion, l’enthousiasme monté en flèche ces dernières années mérite-t-il vraiment toute cette excitation ?
Alors que la fusion nucléaire a longtemps inspiré septiques et humoristes, la donne semble changer avec des projets concrets, des milliards de dollars d’investissement et des percées techniques – des supercalculateurs aux aimants supraconducteurs de nouvelle génération. Mais derrière la ferveur, une question cruciale se pose : ce nouvel élan est-il catalysé davantage par un effet d’annonce que par de réelles possibilités industrielles à court terme ?
L’année 2022 a marqué une étape psychologique importante : un laboratoire américain dépasse le seuil de « scientific breakeven », générant plus d’énergie à partir d’une réaction contrôlée de fusion que ce qui y avait été injecté. Est-on cependant vraiment proches du point où une centrale de fusion produira davantage d’électricité qu’elle n’en consomme ? Ou la route est-elle encore longue avant d’atteindre le « commercial breakeven » ?
Une révolution dans l’énergie est-elle vraiment à portée de main, ou le mirage de la fusion s’éloigne-t-il encore à mesure que l’on s’en approche ?
Des startups comme Commonwealth Fusion Systems, Helion, ou Pacific Fusion, ont amassé des capitaux spectaculaires, chacun avec leur approche technique. Le tokamak « Sparc » de CFS promet d’être opérationnel dès 2026-2027 et attire Google comme premier acheteur d’électricité. Helion vise 2028 pour brancher Microsoft à ses premiers mégawatts, alors que Pacific Fusion tente de maîtriser une synchronisation électromagnétique extrême. Peut-on croire à ces promesses de démonstration commerciale dès la fin de la décennie, alors que certains géants peinent déjà à tenir leurs échéances et affrontent des coupes de personnel ?
La diversité des approches intrigue : de TAE Technologies qui stabilise le plasma avec des faisceaux de particules, à Zap Energy qui privilégie des courants électriques plutôt que des aimants, ou Marvel Fusion qui vise la simplicité d’industrialisation en puisant dans le savoir-faire des semi-conducteurs. Les investisseurs, eux, redoublent d’audace : Bill Gates, Jeff Bezos, Sam Altman, mais aussi Google et Microsoft, tous semblent vouloir parier sur la ruée vers l’or énergétique du XXIe siècle. Leur foi est-elle fondée, ou sont-ils, eux aussi, victimes d’un espoir collectif auto-entretenu ?
Dans l’ombre des leaders, d’autres acteurs rivalisent de pragmatisme, à l’image de Shine Technologies, misant sur une progression par étapes (vente d’isotopes médicaux avant de viser la fusion électrique), ou encore de First Light, qui abandonne le rêve de l’exploitation pour devenir fournisseur de technologies. Ce foisonnement de modèles correspond-il à une diversification salutaire, ou traduit-il la difficulté chronique à stabiliser un paradigme industriel viable ?
En Europe, les approches alternatives séduisent aussi : Proxima Fusion se démarque avec les stellarators et Marvel Fusion tente de renouveler la méthode de la « compression inertielle ». Mais, dans cette course à l’innovation technique, aucun consensus ne se dessine encore, et chaque échec ou report d’échéance fait planer la menace d’un « hiver de la fusion » auprès des investisseurs.
Si l’on en croit la multiplication des levées de fonds et la cadence des annonces, l’avenir de la fusion s’écrit en milliards. Pourtant, quelles seront les retombées pour la société si, derrière l’innovation, la réalité industrielle continue d’accumuler retards, risques financiers et incertitudes technologiques ?
Source : Techcrunch




