La nostalgie de l’internet d’antan vous touche-t-elle, vous aussi ? Difficile de nier que Facebook, Instagram ou Twitter semblent bien loin de leurs débuts. Où est passée cette joie naïve, faite de conversations spontanées, de photos de lattes sous filtre et de communautés de fans soudées ? Est-ce seulement une évolution inévitable des choses ou bien un choix délibéré des plateformes ?
Ce sont les questions que s’est posée Zehra Naqvi, témoin privilégiée des mutations du numérique. Adolescente dans les fandoms de One Direction et Marvel, elle se souvient d’un internet où les liens l’emportaient sur le scroll à l’infini. Aujourd’hui, elle déplore une abondance de contenu qui peine à susciter la même allégresse. Les algorithmes, motivés par la rétention d’audience, n’ont-ils pas tué la magie de la conversation et le sens d’appartenance ?
« Les plateformes qui ont gagné sont celles qui gardent les gens scotchés le plus longtemps, pas celles qui les rapprochent », confie-t-elle à TechCrunch. Ce constat, partagé par bien des utilisateurs, se reflète dans la demande croissante de communautés en ligne centrées sur des intérêts spécifiques. Faut-il y voir une réaction à la polarisation, à la surenchère et à la fatigue du doomscrolling ?
La prochaine vague des réseaux sociaux sera-t-elle celle des communautés de niche, centrées sur la participation et la profondeur des échanges ?
Naqvi incarne ce mouvement. Avec Lore, sa nouvelle plateforme pour fans, elle participe à l’essor d’écosystèmes « interest-first », où l’individu et ses passions reprennent le dessus face à la masse. Un modèle radicalement différent, confirmé par l’investisseuse Natalie Dillon, qui observe la naissance d’applications dédiées à des sous-cultures, des groupes étudiants ou des passions précises. Est-ce à dire que l’ère des géants généralistes est révolue au profit d’une myriade de petits salons virtuels ?
Dans cette quête d’authenticité, la technologie s’adapte. L’intelligence artificielle, utilisée finement, permet de créer des outils ultra-personnalisés pour cultiver ces « cozy corners » où chacun affiche sa pleine identité. Certaines plateformes vont plus loin encore, comme Blacksky, axée sur la sécurité et la modération choisie par et pour ses membres, afin de mettre fin à l’anonymat toxique et laisser place à la confiance. L’exemple de Spill, qui mise sur les communautés affinitaires et non la course aux followers, est éloquent. Mais au fond, n’est-ce pas justement cette granularité qui redonne sens à notre vie en ligne ?
Claire Wardle, spécialiste des écosystèmes d’information, note que les usagers revendiquent désormais la maîtrise de leur temps, de leur modération et de leur confidentialité. Des groupes privés sur Discord ou Reddit étaient les précurseurs, mais la logique se généralise, jusqu’à imaginer des communautés souveraines, maîtrisant données et règles. Les investisseurs suivent le mouvement, pariant sur des outils interactifs, des expériences participatives et une approche « multiplayer ». Les plateformes de demain ressembleront-elles plus à des jeux vidéo collaboratifs qu’à des vitrines narcissiques ?
Finalement, la multiplication de ces nouveaux espaces signe-t-elle une renaissance de la convivialité numérique, ou bien acte-t-elle la fragmentation irréversible de nos univers en ligne ? N’y a-t-il pas un risque que cette ultra-segmentation nous enferme à nouveau, cette fois dans des bulles d’intérêts encore plus étanches ? Après avoir cherché des connexions planétaires, la génération suivante préfèrera-t-elle mille petits cercles chaleureux ? Le retour de la « joie en ligne » passera-t-elle forcément par le repli communautaire ?
Source : Techcrunch




