Comment une start-up comme Groq, quasi inconnue du grand public il y a à peine un an, est-elle soudain au cœur d’un accord stratégique avec le géant Nvidia ? Face à la montée fulgurante de l’intelligence artificielle et la concurrence féroce entre fabricants de puces, chaque alliance suscite de nouvelles interrogations. La collaboration annoncée entre ces deux entreprises repose-t-elle sur une saine complémentarité ou sur une nouvelle manœuvre pour renforcer un quasi-monopole ?
Selon les informations de CNBC, Nvidia aurait acquis pour 20 milliards de dollars une partie des actifs de Groq. Nvidia, de son côté, se garde de qualifier l’opération d’acquisition pure et simple, se limitant à évoquer un « accord de licence non exclusif ». Que recouvre véritablement ce flou sémantique ? Est-ce une manière pour Nvidia de rester en dehors des radars des régulateurs ou une façon de tester la viabilité technologique des LPU de Groq avant une éventuelle absorption totale ?
Groq, à la tête duquel se trouve Jonathan Ross — également père du TPU de Google —, développe depuis plusieurs années des Language Processing Units capables, selon l’entreprise, d’exécuter des modèles linguistiques 10 fois plus vite et consommant 10 fois moins d’énergie que les GPU classiques. Mais ces innovations sont-elles réellement de nature à bouleverser l’équilibre du secteur, ou Nvidia cherche-t-il simplement à neutraliser une future menace ?
Cette alliance soulève autant de questions sur la dynamique de l’innovation que sur les rapports de force dans la tech mondiale.
Depuis septembre, Groq a levé 750 millions de dollars, portant sa valorisation à près de sept milliards, et revendiquerait plus de deux millions de développeurs utilisateurs. Comment expliquer cette hypercroissance ? Est-ce le reflet d’une demande insatiable du marché pour des alternatives aux GPU de Nvidia ou la conséquence d’un engouement autour de promesses technologiques encore à confirmer ?
Au cœur de cette transaction, on retrouve un enjeu central : la capacité des grands groupes à garder le contrôle sur la chaîne d’innovation, tout en donnant l’impression de favoriser l’émergence de nouveaux acteurs. Si Nvidia choisit de ne pas absorber totalement Groq, est-ce par souci d’éthique concurrentielle ou parce que l’intégration complète d’une technologie concurrente représenterait un risque ? En embauchant les cerveaux de Groq, Nvidia joue-t-il la carte de la coopération ou enterre-t-il, subtilement, un concurrent potentiel ?
Entre déclarations rassurantes des dirigeants et chiffres hors norme avancés par la presse financière, difficile de savoir qui, de Nvidia ou de Groq, dicte réellement les règles du jeu. N’assistons-nous pas à une redéfinition silencieuse des rapports de force dans le secteur de l’intelligence artificielle ?
Dans ce contexte rempli d’incertitudes, une dernière question s’impose : la collaboration inédite entre Nvidia et Groq annonce-t-elle une nouvelle ère d’innovation ouverte ou augure-t-elle d’un verrouillage croissant du marché ?
Source : Techcrunch




