Jusqu’où ira la quête de données dans notre vie privée ? C’est la question que soulève l’arrivée du Dekoda, le nouvel appareil de Kohler, une caméra de 599 dollars, destinée à photographier le contenu de nos toilettes. Le simple concept intrigue, voire dérange : pourquoi une entreprise du secteur domestique investit-elle ce territoire intime, et surtout, à quelles fins ?
À l’heure où la santé connectée s’installe dans notre quotidien, devons-nous vraiment confier la surveillance de notre système digestif à une intelligence artificielle équipée d’un objectif fixé à la cuvette ? Le Dekoda promet d’analyser nos excréments pour fournir des indications précises sur notre hydratation, l’état de notre microbiote intestinal, ou la présence de sang, en s’appuyant sur des images collectées lors du passage aux toilettes. Mais que se passe-t-il réellement avec ces données extrêmement sensibles ? Et comment l’utilisateur peut-il différencier une promesse de progrès scientifique d’une part de surveillance intrusive ?
On nous assure que la confidentialité reste une priorité, grâce au cryptage de bout en bout et à un système de gestion par empreinte digitale pour identifier chaque utilisateur. Mais est-ce suffisant face aux risques croissants de piratage et d’utilisation détournée des informations de santé ? Et qui, parmi nous, se sent réellement à l’aise à l’idée de voir ses passages aux toilettes transformés en une mine d’informations numérisées ?
La promesse du progrès se heurte à l’angoisse d’une surveillance de plus en plus présente et invisible : jusqu’où irions-nous pour mieux connaître notre propre santé ?
Kohler n’est toutefois pas seul sur ce marché singulier. Comme l’a révélé CNET, d’autres startups, à l’image de Throne, se sont déjà lancées dans la commercialisation de caméras de toilettes connectées, misant sur l’exploitation des données fécales pour prévenir certaines pathologies. Le business model ne s’arrête pas à l’achat de l’appareil : le Dekoda fonctionne sur abonnement (de 70 à 156 dollars par année), ce qui questionne sur la monétisation, la fidélisation, et l’exploitation des données récoltées dans le temps.
La technologie avance vite, mais faut-il lui ouvrir toutes les portes, même celles de nos toilettes ? Entre attrait pour l’innovation et inquiétudes sur la protection de notre vie privée, le débat ne fait que commencer. La promesse d’un suivi de santé facilité vaut-elle la perte d’anonymat la plus intime qui soit ?
Si certains y décèlent un véritable espoir pour l’avenir du diagnostic précoce et de la médecine préventive, d’autres y voient un nouveau cap franchi dans la marchandisation de notre quotidien le plus personnel. L’engouement – ou le rejet – du public sera-t-il à la hauteur des ambitions de Kohler et consorts ?
Au fond, la question demeure: dans quelle mesure acceptons-nous de sacrifier nos ultimes sphères d’intimité au nom du progrès technologique et d’une santé ‘augmentée’?
Source : Techcrunch




