Microsoft, est-elle en train de façonner nos habitudes de jeu… ou de les manipuler ? L’ouverture de deux enquêtes par l’Autorité italienne de la concurrence (AGCM) sur les pratiques commerciales de Microsoft et Activision Blizzard, concernant Diablo Immortal et Call of Duty Mobile, pose une question dérangeante sur la frontière entre stratégie marketing et éthique. Qu’arrive-t-il réellement derrière l’écran de nos smartphones ?
L’AGCM reproche à l’éditeur d’avoir conçu des mécanismes incitant insidieusement les joueurs – notamment les enfants – à dépenser toujours plus, et à s’attarder des heures durant sur leurs jeux. Les notifications incessantes, la mécanique de récompense, et la difficulté à cerner la valeur réelle des achats en monnaie virtuelle contribuent-ils à une véritable forme d’addiction ? Bien que ces jeux soient officiellement « gratuits », tout est orchestré pour que la tentation de sortir sa carte bleue se fasse pressante, parfois de façon quasi invisible.
Encore pire, le régulateur note que les dispositifs de contrôle parental semblent insuffisants, voire inefficaces : qu’en est-il de la protection des mineurs, laissés seuls face à des achats faciles, à des sessions sans limite et à des possibilités de dialogue ouvert avec d’autres joueurs, dont certains pourraient avoir de mauvaises intentions ? Les jeux mobiles modernes sont-ils suffisamment transparents sur leurs systèmes internes, ou cachent-ils volontairement la réalité derrière une interface « free-to-play » trompeuse ?
L’enquête italienne met en lumière la question brûlante de l’éthique dans le design des jeux free-to-play.
Pourtant, certains argueront que ce modèle économique – basé sur la vente de « loot boxes », de cosmétiques ou de monnaies premium – est devenu la norme dans l’industrie du jeu mobile. Diablo Immortal, à lui seul, propose des packs de progression et des objets atteignant parfois les 200 dollars ! Est-ce le joueur moyen, appâté par la progression ou la peur de rater une offre, qui finit piégé… ou bien le système qui est volontairement configuré pour créer ce piège économique et psychologique ?
Le débat s’étend aussi sur la gestion des données personnelles. Selon l’AGCM, le processus d’inscription pousse les utilisateurs à accepter l’intégralité des options de consentement, sans réelle explication sur l’utilisation de leurs données. Faut-il y voir un simple manque de pédagogie ou une volonté délibérée d’exploiter la moindre faille législative au profit de la collecte de données massives ?
Face à cette offensive réglementaire, Microsoft et Activision Blizzard choisissent pour l’instant le silence. Est-ce la preuve que la pression monte, ou la stratégie d’une entreprise sûre de ses méthodes ? Quelle que soit la réponse, l’enquête italienne résonne comme un signal d’alarme pour toute l’industrie – et sans doute la première étape d’un combat plus large contre les dérives du « free-to-play ».
Alors, sommes-nous encore des joueurs libres… ou devenons-nous les marionnettes d’algorithmes savamment pensés pour maximiser les profits, quitte à sacrifier l’éthique et la transparence ?
Source : Techcrunch




